Sexy dressing, de Duncan Kennedy

février 1, 2010

Duncan Kennedy est apparemment quelqu’un de raisonnablement connu dans son domaine, mais je le découvre avec cet ouvrage. Il est spécialiste et titulaire de chaire en théorie générale du droit, ce qui lui permet visiblement de mener des réflexions de fonds sur l’organisation sociale, et pas seulement dans une perspective juridique fermée. De fait, il fait appel à des éléments théoriques issus de champs variés, notamment sociologiques et économiques, pour élaborer un propos que je trouve non seulement juste et fermement assis, mais aussi étonnamment facile et compréhensible. Je ne dis pas que c’est complètement tout public, mais disons qu’on est loin du jargon juridique, même si l’ensemble fait appel à une culture intellectuelle générale assez large. Si j’ai acheté ce livre, c’est en fait sur la seule foi de son titre et de son quatrième de couverture : violences sexuelles et érotisation de la domination, où est posée une question centrale : comment conserver l’humour, le désir, voire la provocation dans les rapports de séduction tout en protégeant les femmes des violences sexuelles. Ce qui est finalement une problématique qui me questionne depuis longtemps. Et si Duncan Kennedy n’y apporte pas une réponse définitive (et qui le pourrait ?), il m’a par contre fournit un cadre de pensée et des idées que je trouve extrêmement intéressantes. Plutôt favorable à l’analyse du féminisme radical, il s’en détache cependant un peu, d’une part parce qu’il ne prétend pas sortir du point de vue qui est le sien (mâle blanc cultivé), d’autre part parce qu’il tente d’y ajouter certaines finesses et de contourner ainsi certains obstacles et blocages. Maintenant, on est dans le chipotage, parce qu’il est fermement du coté du féminisme radical au final, et tant mieux d’ailleurs. Sur le fonds, son analyse de la violence sexuelle, et notamment par le prisme d’un regard économique, est à mon sens très intéressant, abordable, et synthétise de manière très claire beaucoup de notions importantes. Les propositions qu’il fait ensuite en analysant le système comme un mécanisme disciplinaire me semble essentiels et, là encore, extrêmement lisibles. Et enfin, sa perspective sur l’habillement, et les perspectives de résistance, notamment cachées et indirectes, m’a beaucoup intéressée, plutôt en termes de positionnement que de vraies réponses aux questions posées. N’étant pas u grand spécialiste du sujet, j’aurais du mal à le replacer dans une perspective plus large mais deux points forts émergent pour moi et me feraient recommander ce livre : une synthèse claire et engagée des perspectives du féminisme radical sur ces questions, et des ouvertures très fines en termes d’analyses et de propositions pour avancer sur ces sujets. Comme je le disais, plutôt des outils et des pistes de réflexion et de construction que des réponses, mais c’est à mon sens un très bon point.

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