Philosophie des jeux vidéos. De Mathieu Triclot.

mars 7, 2012

Mathieu Triclot, philosophe, s’attaque avec sérieux au thème du jeu vidéo par le biais de la théorie. Mais, ce qui est salvateur, d’une part il connait son sujet, ce qui lui évite de développer des concepts vides et abstraits, et d’autre part, il écrit pour tous ceux que ça peut intéresser et pas pour des philosophes universitaires. Du coup, il est agréable à lire, même si il aborde des choses parfois assez dense, et convaincant. Et sur le fonds, il se trouve qu’il aborde aussi ces questions dans une perspective que je rejoins. Dans un premier temps, il réalise une synthèse efficace des écrits théoriques précédents sur ce qu’est le jeu, en se plaçant clairement dans la perspective de Caillois, c’est-à-dire en opposition aux tendances de la ludologie qui se veut analyser le jeu en tant qu’objet, que système formel indépendant de l’expérience du joueur et de son état d’esprit. Ce à quoi je ne peux que souscrire. De là, et en s’appuyant notamment, et avec brio, sur la classification de Caillois donc, il passe en revue ce que le jeu vidéo a apporté de nouveau et de spécifique. Et ce avec une histoire des origines du jeu vidéo, en partant du MIT (ce qui m’a ramené à hackers, très bon bouquin), puis en passant par les jeux d’arcade et leur mutation vers la console. Son regard est particulièrement intéressant en ce qu’il retrace cette histoire en analysant les modes de jeux et les messages véhiculés plus que les supports et innovations techniques. En particulier, son analyse des messages politiques véhiculés par les jeux, de manière explicite mais aussi implicite, dans le lien à l’ordinateur même notamment, sont très originaux et, à mon sens, convaincants. Ce qui lui permet de finir sur une analyse critique de la position du jeu vidéo comme marchandise idéale du capitalisme contemporain et de la gamification. Vous l’aurez compris, ça a beau être écrit de manière claire, ça brasse des analyses de fonds et des concepts un peu denses. Mais tant mieux, c’est pas comme si le domaine du jeu était sur-analysé, alors que vu la place qu’il prends, ça le mériterait largement. Au final, certes c’est un livre pour ceux que le sujet intéresse, voire qui y sont déjà investis un minimum, mais qui ouvre des perspectives et des clés de lecture inédites et largement bienvenues. Je recommande donc complètement.

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