100618_NouslesmecsDaniel Welzer-Lang est sociologue et travaille depuis longtemps sur la sexualité, le patriarcat et la masculinité, sur une base pro-féministe. Il propose ici non pas un livre de recherche ou de théorie, mais de vulgarisation, à mon sens, et de questionnement très accessible. Ce qui en fait tout l’intérêt, mais qui peut créer une certaine frustration pour celles et ceux qui voudraient y trouver des arguments et des références plus solides et scientifiques. A mes yeux, ça en fait un très bon ouvrage à partager, un point d’entrée très bienvenu dans ce sujet. En particulier parce qu’il aborde les questions d’égalité et d’évolution des rapports femmes-hommes du côté des hommes. En bref, il pose la question de la manière dont les hommes sont éduqués, dont ils se construisent en tant qu’homme, et ils pointe les diverses manières dont l’avancée de l’égalité vient remettre en cause, et souvent mettre en difficulté, les hommes construits ainsi. Ce qui permet déjà de prendre conscience de la manière dont on a été construit, et ce n’est pas rien ; et de voir ce qui peut être questionnant ou difficile dans les changements actuels, même quand on est convaincu sur le principe. Et c’est un livre qui permet aussi à des lectrices de percevoir comment se fait la construction de la masculinité de l’intérieur. Et qui ouvre donc un champ d’échanges, de compréhension et de questionnement plus que bienvenu. Comme je le disais, c’est présenté avec un rédaction très accessible et agréable, sous forme d’essai et de questionnement, presque une discussion informelle, et c’est un format qui me semble parfaitement adapté à l’objectif. Je dirais que c’est donc un très bon support de prise de conscience et de discussion, dans la perspective de continuer à faire changer les choses en termes d’égalité femmes-hommes, en incluant tout le monde dans la discussion. (PS : Je sais bien que Daniel Welzer-Lang est attaqué sur certains de ses comportements, peut-être à raison, mais je ne crois pas que ça change l’intérêt de ce bouquin, pour le coup).

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100618_Virgnite_30_ans

Voilà longtemps que je n’avais pas lu quelque chose d’aussi dérangeant, et, d’une certaine manière, d’horrible. Pour autant, il ne s’agit pas de fiction, de démon, de tentacules ou de meurtres terrifiants. Il s’agit d’hommes, non seulement célibataires, mais vierges alors qu’ils ont passé trente ans. Une série de portraits, en manga, adaptés d’un travail d’enquête journalistique sur ce phénomène important au Japon (mais je soupçonne qu’on serait surpris des résultats d’études sur le sujet par chez nous). D’hommes variés mais chez lesquels on retrouve à chaque fois un profond sentiment d’échec, un regard sur les femmes qui navigue entre la naïveté, l’objectification, la colère et la haine. En bref, une illustration parfaite et terriblement dérangeante des effets de la masculinité toxique et de la masculinité fragile.Donc, oui, c’est dérangeant, souvent même vraiment malsain. Sans artifices d’ailleurs, si ce n’est un dessin aux traits marqués et parfois presque difformes, et qui pourtant, d’après le journaliste ayant mené les enquêtes, extrêmement fidèle aux personnes réellement rencontrées. Et si c’est aussi malsain et aussi marquant, c’est bien parce que c’est si fondamentalement banal et quotidien. Et c’est aussi parce que, tout désagréables inquiétant, voire détestables pour certains, que sont ces personnages, on ne peut s’empêcher, régulièrement, une certaine empathie, une pitié pour leur parcours et là où ils en sont arrivés. Pour certains plus que d’autres, mais il y a toujours ce mélange en arrière-plan, qui est à mon sens signe de la finesse de l’écriture et de la manière dont ils sont montrés. Comme je le disais, le dessin est parfaitement adapté, tout en étant un style que je n’aime pas de manière générale. Et, pour une fois, je pense que le format dessiné n’allège pas le propos, mais le rapproche, et force à le voir de manière moins distanciée et intellectuelle. Ce qui, donc, en fait un ouvrage fort. Je ne dirais pas que je vous le conseille, parce qu’on en sort quand même troublé et beurk, mais si le sujet vous intrigue, je garantis que ça ne vous laissera pas indifférent-e.

100618_Nouvelles_heterosexualites

Autant “Nous, les mecs” est un essai informel sous forme de partage de questionnement, autant celui-ci, que j’avais lu juste avant, est plutôt une tentative d’inventaire dont l’usage semble particulièrement adapté à des professionnel-le-s (en tout cas, c’est en partie l’intention que j’y décèle). En effet, on procède ici à une sorte de panorama, assez exhaustif (oui, j’ai vraiment appris des choses) des pratiques relationnelles, amoureuses et sexuelles d’aujourd’hui, et ce dans un cadre hétérosexuel. Et c’est bien plus varié et questionnant que ce qu’on pourrait penser, d’autant que les typologies concernent aussi bien les modes de relations, de liens, de configuration, de rapport à la sexualité qu’aux sentiments. Ce qui donne donc bien une image diversifiée des hétérosexualités et de leurs mutations. En soi, c’est déjà très intéressant de prendre la mesure de toutes ces approches et des questionnements qu’il y a derrière. Mais ce n’est pas tout : le propos est aussi de montrer comment ces différentes formes sont, de manières plus ou moins construites et conscientisées, des modalités expérimentales de remise en cause du patriarcat et de la domination masculine (ne serait-ce qu’en remettant en cause le couple traditionnel). Et donc de légitimer ces formes, et l’expertise non-universitaire des personnes concernées, comme des objets sociaux et politiques, et comme des contributions à l’évolution de la société. J’ai trouvé très bienvenu et très riche le fait de replacer ces descriptions dans le cadre d’une réflexion politique, et de légitimer le savoir (auto-construit ou expérimental) des personnes concernées. L’ensemble oscille donc entre le descriptif et l’inscription dans des questionnements d’égalité et de déconstruction plus large, ce qui en fait une bonne approche synthétique, même si on aura potentiellement l’impression de survoler un peu rapidement certains aspects, selon ses intérêts propres.

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Un livre que j’ai donc suite à un article du figaro, c’est une vraie première, et je ne sais pas si ça se reproduira. Enfin, peut-être que si, à en juger par cette expérience là, parce que c’est vraiment un ouvrage intéressant. Mais pas facile. D’une part parce que Christopher Lasch n’écrit pas de manière particulièrement absconse mais enfin disons qu’il manie du concept et de la référence sans retenue et qu’il ne fait pas d’efforts trop marqués pour s’exprimer de manière simple. D’autre part parce que j’ai beaucoup de mal à trouver une cohérence à l’ensemble. J’ai plutôt l’impression d’une série d’articles de réflexions regroupés en un livre, certains connectés et d’autres pas tellement. Etant donné la densité des réflexions et des propos, ça n’aide pas à assimiler et à suivre un fil. Du coup, mieux vaut abandonner l’idée qu’on lit un essai et se laisser questionner chapitre par chapitre. Et il y a de quoi faire. C’est vraiment un bouquin dans lequel j’ai trouvé nombre de nouvelles idées et de nouvelles perspectives. C’est un auteur qui réfléchit, pour de vrai, et qui fait réfléchir. Qui plus est avec un positionnement politique assez hybride et pas tellement dogmatique. Plutôt anti-capitaliste, encore que, et plutôt conservateur, mais pas trop, avec des bouts d’autres choses. Ce qui m’a plutôt donné l’impression de quelqu’un qui réfléchit librement et en profondeur. Et donc, pour le contenu en deux mots : il y a effectivement des choses fortes et bien construites sur la démocratie, l’abandon des élites de cette dernière et une remise en lumière du populisme qui m’a beaucoup intrigué ; mais aussi des choses sur l’éducation, sur la religion et la psychanalyse, sur l’autonomie, l’aide sociale, et plein d’autres sujets. Je dirais donc que c’est un bon bouquin pour réfléchir et se faire un peu bousculer sur tous ces sujets, mais pas pour avoir un plaidoyer ou des explications.

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Enfin, le second album de Sidi Wacho. Sachant que le premier tournait très souvent à la maison et fait même partie des préférences musicales actuelles d’Olympe (qui hérite donc naturellement des bons goûts musicaux de ses parents, c’est bien le minimum), je l’attendais donc avec un certaine impatience. Et je ne suis pas déçu, il tourne en priorité pendant mes trajets et mes temps de boulot devant l’ordi. C’est de mon point de vue tout aussi bon que le premier, et pour autant ça ne fait pas répétition, il y a une vraie évolution. En particulier, je le trouve plus mélodieux, la dimension latino est plus sensible musicalement, ce qui renouvelle pas mal les rythmes et laisse plus de place aux cuivres, sans perdre la base hip-hip et dynamique. De la même manière, les parties chantées en espagnol s’aventure dans plus de variations et de jeux de voix, et plus j’écoute, plus ce sont des dimensions qui me plaisent. Avec ça, on garde bien sûr la même base, donc beaucoup d’énergie, un positionnement politique radical et populaire que j’aime beaucoup, de l’humour, de la tchatche, ça marche très très bien. Bon, ok, il y a une chanson que j’aime moins. Enfin, depuis que j’ai fait attention au détail des paroles, je l’aime quand même, mais moins. Presque un sans faute, donc, je vous le recommande très chaudement, comme le précédent, ça fait une bonne bande son pour militer avec le sourire.

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Bon, le titre annonce la couleur, non ? Mais il n’annonce pas nécessairement à quel point c’est drôle. Et à quel point c’est référencé. De fait, Karim Berrouka est la chanteur de Ludwig 88, autant dire que question punks, il ne fait pas semblant de connaitre. Ce qui fait une partie du sel de ce roman, dans lequel on suit donc un groupe de punks (aux profils variés : punks drogués destroy, féministe anti-plein de choses, freegan, anarcho-maoiste et punks à chien forment la fine équipe d’un squat, une sorte de club des cinqs moderne donc) qui se trouvent parmi les rares survivants d’une apocalypse zombie, en plein Paris. Que faire face à une apocalypse zombie, quand on est une bande de punks : d’abord des conneries. Et de belles conneries, drôles et inattendues. Mais ce ne sera pas tout, puisque des visions d’anges tout aussi destroy et décalés qu’on pourrait imaginer, vont s’en méler. Puis les survivants du Medef. Et, je le redis, c’est vraiment drôle dans le n’importe quoi qui n’en est pas complètement. Avec une belle fin à la con. Une fin de punks, quoi. S’y ajoute le fait que Karim Berrouka écrit vraiment très bien. Dans un style assez parlé et plein de commentaires, mais j’ai vraiment beaucoup apprécié. Le fond autant que la forme donc. Si vous appréciez le n’importe quoi bien tourné et drôle, et que vous avez en plus au moins des petits bouts de culture punk ou assimilée, c’est vraiment une lecture qui vous fera passer une très bon moment.

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Si vous avez lu les vieux fourneaux (et si ce n’est pas le cas, vous serez excommunié-e-s, pour info), le titre doit vous dire quelque chose : il s’agit bien d’une histoire du théâtre du loup en slip, sous forme de livre pour enfants. De l’histoire du loup en slip, même, celle qui est visiblement à l’origine du nom. C’est un vrai livre pour enfants, avec des illustrations en pleine page et très peu de texte. Vraiment très peu de texte, d’ailleurs, ce qui ne rend que plus admirable ce qui réussit à être raconté. Les illustrations sont très chouettes, dans un style très différent des BDs, mais très colorées, et très pleines de détails amusants. Et l’histoire, ah, l’histoire. Je pense qu’elle fonctionne très bien pour des enfants, parce qu’elle est drôle, et surprenante et pleine de personnages inattendus et amusants. Et qu’elle est facile à suivre. Mais. Mais pour les adultes, c’est encore meilleur, parce que c’est aussi drôle, mais avec en plus une surprise et un vrai sens politique d’une efficacité remarquable. Donc, oui, c’est possible de faire aussi bien que les vieux fourneaux, et avec le même état d’esprit, mais en livre pour enfants. Autant dire que je vous le recommande très chaudement.