230817_Mahabharata

Oui, ça peut sembler étrange de mettre un nom d’auteure pour le Mahabharata. Mais c’est ici complètement justifié étant donné la qualité et la quantité démesurée du travail réalisé. Pour mémoire, le Mahabharata est le grand récit mythologique de l’Inde, composé de dix-huit livres et considéré comme le cinquième livre sacré de l’hindouisme après les Vedas. Un monument donc. Il s’agit ici d’une version résumée (il faut pour réciter oralement l’ensemble de l’original sanskrit autour de trois mois) mais ça reste un beau morceau. Traduit en anglais donc, et dans une nouvelle traduction qui vise à retrouver la dimension poétique aussi bien que la dimension mythologique et narrative de l’original. Certes, je n’ai pas lu l’original, mais je trouve que question poésie, c’est franchement réussi. Et passablement impressionnant au vu de la taille du texte. C’est du vers libre anglais, donc sans nécessairement de rime, mais avec un rythme et une musique très réussis. Et c’est donc une très belle manière de découvrir une fresque mythologique exceptionnelle. On y trouve de tout, et même, selon le texte, tout ce qui mérite d’être discuté et réfléchi tout court. Fondamentalement, c’est l’histoire de la famille des Bharatas, au sein de laquelle deux fratries vont être amenées à s’affronter et vont par ce biais fonder le monde tel qu’il est aujourd’hui. Enfin, dans la perspective de l’Inde traditionnelle, s’entend. C’est donc plein de batailles, certes, mais surtout de personnages et de récits foisonnants et emboités les uns dans les autres. Il y a une vraie dimension labyrinthique, mais dans laquelle on réussit quand même à se retrouver. Et puis, le destin de tous ces personnages est conditionné par le Dharma et les influences divines. C’est donc aussi un récit de sagesse et de spiritualité, de réflexions profondes sur l’existence (la Baghavad Gita, pour ceux et celle qui situent, est un chapitre du Mahabharata par exemple). On peut donc y trouver avec bonheur tout ça, ainsi bien sur qu’un dépaysement certain et une découverte des racines de la pensée indienne. Etant fan de la version théatro-filmique de Peter Brook depuis longtemps, je suis très content d’avoir enfin lu une version texte, et tout particulièrement celle-ci que j’ai trouvée très réussie.

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230817_Rad_dad

Rad dad est un fanzine, qui a quelques années maintenant, qui se propose d’explorer la paternité avec un regard conscient et réflexif, en particulier sur les questions de classe, race et sexe. Cet ouvrage est une compilation d’articles divers issus de ce magazine. Ce sont des articles courts, bien écrits, et très ancrés dans le vécu de leurs auteurs, rarement sur un registre théorisant ou détaché. Et tant mieux, c’est ce qui donne une vitalité et une pertinence particulière à l’ensemble. Et qui évite aussi très largement de faire donneur de leçons : on est dans le questionnement partagé. Bien informé souvent, certes, mais dans le questionnement. Etant donné la taille des articles, il y en a beaucoup, et ils méritent tous de s’y attendre et de réfléchir à ce qu’ils racontent. Et ils racontent : les interrogations quant à la paternité puis l’éducation dans un monde dans lequel les inégalités et les discriminations sont nombreuses. Qu’en faire donc avec des enfants, directement concernés ou non ? Comment aborder ces questions, dans son comportement comme dans ses discours ? Et faire face à des comportements racistes, sexistes, classistes ? Avec des éclairages venant de familles de tous types : LGBT, d’origines ethniques différentes et racisées ou non, de classes sociales différentes, et éventuellement mélangées ou mobiles. Des éclairages aussi sur la relation aux médias et à la société de consommation. Bref, plein de bonnes choses. Et ça fait du bien de lire des choses sur la parentalité qui soient à la fois réfléchies et très ancrée dans une conscience politique qui me parle largement.

230817_Into_thin_air

Ayant envie d’en lire plus sur des aventures himalayennes, j’ai suivi les bons conseils de mon papa et j’ai lu Jon Krakauer (qui est également l’auteur de Into the wild). Et c’est vraiment passionnant. Pas réjouissant, mais il est difficile de lâcher le bouquin une fois qu’on est dedans. D’une part parce que c’est une histoire vraie avec un suspense terrible, d’autre part parce que c’est fascinant et à la limite de l’incroyable. Jon Krakauer est journaliste et écrivain, mais aussi fervent amateur de montagne et d’alpinisme. Et le magazine Outside lui a proposé en 1996 de rejoindre une expédition commerciale pour faire l’ascension de l’Everest. Avec le meilleur guide de l’époque, et une équipe de clients prêts à payer cher pour faire l’ascension, malgré des compétences d’alpinistes pas nécessairement au niveau. Enfin, certainement pas au niveau pour le faire de manière autonome, mais avec un guide qui leur garantissait que c’était possible en le faisant avec lui. Et il raconte comment ça s’est passé. Et ça s’est mal passé. Ce qui fait qu’on a à la fois la dimension de découverte de ces expéditions qui se confrontent tout de même à des conditions absolument extrêmes, ce qui est en soi fascinant, et une dimension de suspense, et presque d’enquête pour comprendre ce qu’il s’est passé qui a fait que ça a tant merdé (on sait dès le tout début que ça a mal fini, d’où le fait que je me permette de spoiler). C’est dramatique, au final, comme récit, comme aventure, mais c’est scotchant. Et c’est écrit de manière efficace et directe, tout à fait agréable à lire. Et c’est une histoire qui reste en tête. Si vous êtes un tant soit peu curieux-se de ce genre de conditions extrêmes, je recommande fortement.

150717_Profiler

Profiler fait partie de ces party games dont on pourrait se dire a priori que ça n’est pas très original et que ça ne va pas casser des briques. A tort dans le cas présent, parce que certes ça ne révolutionne pas le domaine, mais ça marche sacrément bien et c’est beaucoup plus fin qu’on ne pourrait le croire. Il s’agit d’un jeu dans lequel une personne connait le coupable, présenté parmi une série de suspects (il y a de tout, mais surtout du rigolo et du décalé, donc ça fait une belle galerie), et va essayer de faire deviner lequel aux autres. Pour celà, il va simplement noter le coupable sur une échelle de -5 à +5 par rapport à deux phrases prises au hasard et souvent idiotes (“Porte bien le tutu”, “Ferait un bon président”, “Survivrait à une attaque de zombies”…). A partir de cette seule information, les joueur-se-s vont essayer d’éliminer progressivement les suspects pour arriver au coupable. Et c’est étonnant de voir à quel point ça fonctionne, et à quel point ça donne lieu à des discussions abracadabrantes et rigolotes. Seul point d’attention : au début, on se mélange un peu en termes de logique puisqu’il faut d’abord éliminer ceux et celles qui ne collent pas aux critères exprimées. Si vous avez envie d’un jeu de groupe détendu pour mélanger déduction et discussions de n’importe quoi, ça fonctionne très bien.

 

150717_Tiny_epic_galaxies

Un jeu de type 4X (en général, de gros jeux d’exploration, développement, conquête) jouable en moins d’une heure, avec un matériel tenant dans une toute petite boite, ça impressionne forcément, surtout parce que ça marche très bien. En effet, ça se joue en 30-40 minutes à trois, un peu plus à plus nombreux. Et le matériel est sobre et optimisé mais réussit à quand même être honnête et dans une thématique SF standard. Ce qui pose la base d’un jeu efficace, simple mais en fait très tactique et retors, avec une profondeur étonnante. Et, comme annoncé, on développe sa galaxie, on explore, on conquiert et on embête ses petit-e-s camarades. Avec peu de moyens, mais des résultats efficaces. Notamment dans les batons qu’on peut se mettre dans les roues, qui semblent au départ limités, mais étant donné la dimension optimisée de tous les mécanismes, on découvre qu’en fait, ces moyens ne sont pas du tout réduits quand ils sont utilisés de manière astucieuse. C’est donc un jeu qui fera le bonheur des amateurs de gros jeux, et qui veulent une version plus courte sans perdre trop en profondeur. Par contre, ce n’est pas un jeu pour celles et ceux qui aiment les ambiances bien posées, prendre leur temps sans optimiser, ou la dimension narrative.

 

150717_KikouJeu de l’année pour enfants cette année à Cannes, Kikou le coucou mérite son prix de mon point de vue. C’est simple, c’est drôle, c’est hyper efficace comme design et le matériel est parfait. Et accessoirement, ça sort agréablement des modes de jeu classiques de chez Haba. Kikou le coucou est un jeu d’adresse dans lequel on va essayer d’aider Kikou à construire un nid pour y mettre ses oeufs (parce qu’il n’a pas réussi à en piquer un). C’est donc une sorte de mikado à l’envers, où la boite sert de base et de réserve. On pioche des baguettes, on les mets en équilibre et on pose des oeufs dessus. C’est simple. Mais ça fonctionne très très bien, et notamment en mélangeant enfants et adultes. Je vous le recommande vivement.

230417_Spirit_level

The spirit level est sans doute un des livres les plus importants que j’ai lu jusqu’à aujourd’hui, toutes catégories confondues. Et je signale tout de suite qu’il existe également en français sous le titre “Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous”, donc il n’y a pas de raisons de vous priver. Le titre français résume d’ailleurs assez bien le coeur du propos. Mais ce n’est pas un propos idéologique ou politique au sens restreint, mais bien un propos scientifique. Et de grande ampleur. En effet, Wilkinson et Pickett rendent là compte d’un travail d’une ampleur considérable puisqu’il concerne un échantillon représentatif des pays riches de la planète (ce qui permet de distinguer les effets de l’inégalité indépendamment de l’impact de l’accès aux besoins minimaux, mais les résultats s’appliquent plus largement qu’à seulement ces pays). Et pour ces pays, ils montrent, à l’aide de données en béton et sur de larges échantillons et périodes, que l’inégalité de revenus à des impacts considérables et assez indiscutables sur la santé, l’espérance de vie, les niveaux de confiance et de violence au sein d’une société, de drogues, la capacité à faire face au changement climatique également (je ne le détaille pas ici, mais c’est marquant et vital), etc. Et que l’égalité permet des sociétés fonctionnant mieux à tous points de vue. Et pour tous, notamment pour les plus favorisé-e-s, mais bien sur plus directement et fortement pour les moins favorisé-e-s. Les données sont comme je le disais, inattaquables et les conclusions également solides. Ce qui fait plaisir, quand on a toujours pensé que l’égalité devait être une priorité, mais surtout qui donne des arguments de poids pour l’argumenter et se remotiver autour de cette priorité politique. Et la bonne nouvelle, c’est que quelques soient les moyens pour arriver à plus d’égalité (et différents pays y arrivent par différents moyens, même aujourd’hui, le Japon et les pays scandinaves obtenant des résultats également bons avec des leviers très différents), les bénéfices sont sensiblement les mêmes et ils sont bien plus importants que toutes les politiques ponctuelles et spécifiques pour améliorer l’un ou l’autre des enjeux en question. Comme le sont parfois de grandes avancées scientifiques, les conclusions peuvent sembler relever du sens commun. Mais elles sont là ancrées dans des années de recherche et un nombre de travaux (avec un pannel international dépassant très largement le travail de Wilkinson et Pickett) considérable les validant. C’est du coup un livre qui redonne énormément d’espoir quand au fait de pouvoir faire avancer les choses dans le bon sens, et que je considère comme franchement incontournable.

Pour pouvoir permettre une diffusion la plus large possible de ces résultats, Richard Wilkinson et Kate Pickett ont donné beaucoup de conférences mais ont également mis en place une structure non-lucrative diffusant des supports pédagogiques et des compléments à leur livre. Pour commencer à faire boule de neige, je vous le mets là mais je compte bien en faire d’autres choses dans le futur :

https://www.equalitytrust.org.uk/

Et la version du livre en français :

https://www.amazon.fr/Pourquoi-l%C3%A9galit%C3%A9-meilleure-pour-tous/dp/2363831012/