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Profiler fait partie de ces party games dont on pourrait se dire a priori que ça n’est pas très original et que ça ne va pas casser des briques. A tort dans le cas présent, parce que certes ça ne révolutionne pas le domaine, mais ça marche sacrément bien et c’est beaucoup plus fin qu’on ne pourrait le croire. Il s’agit d’un jeu dans lequel une personne connait le coupable, présenté parmi une série de suspects (il y a de tout, mais surtout du rigolo et du décalé, donc ça fait une belle galerie), et va essayer de faire deviner lequel aux autres. Pour celà, il va simplement noter le coupable sur une échelle de -5 à +5 par rapport à deux phrases prises au hasard et souvent idiotes (“Porte bien le tutu”, “Ferait un bon président”, “Survivrait à une attaque de zombies”…). A partir de cette seule information, les joueur-se-s vont essayer d’éliminer progressivement les suspects pour arriver au coupable. Et c’est étonnant de voir à quel point ça fonctionne, et à quel point ça donne lieu à des discussions abracadabrantes et rigolotes. Seul point d’attention : au début, on se mélange un peu en termes de logique puisqu’il faut d’abord éliminer ceux et celles qui ne collent pas aux critères exprimées. Si vous avez envie d’un jeu de groupe détendu pour mélanger déduction et discussions de n’importe quoi, ça fonctionne très bien.

 

150717_Tiny_epic_galaxies

Un jeu de type 4X (en général, de gros jeux d’exploration, développement, conquête) jouable en moins d’une heure, avec un matériel tenant dans une toute petite boite, ça impressionne forcément, surtout parce que ça marche très bien. En effet, ça se joue en 30-40 minutes à trois, un peu plus à plus nombreux. Et le matériel est sobre et optimisé mais réussit à quand même être honnête et dans une thématique SF standard. Ce qui pose la base d’un jeu efficace, simple mais en fait très tactique et retors, avec une profondeur étonnante. Et, comme annoncé, on développe sa galaxie, on explore, on conquiert et on embête ses petit-e-s camarades. Avec peu de moyens, mais des résultats efficaces. Notamment dans les batons qu’on peut se mettre dans les roues, qui semblent au départ limités, mais étant donné la dimension optimisée de tous les mécanismes, on découvre qu’en fait, ces moyens ne sont pas du tout réduits quand ils sont utilisés de manière astucieuse. C’est donc un jeu qui fera le bonheur des amateurs de gros jeux, et qui veulent une version plus courte sans perdre trop en profondeur. Par contre, ce n’est pas un jeu pour celles et ceux qui aiment les ambiances bien posées, prendre leur temps sans optimiser, ou la dimension narrative.

 

150717_KikouJeu de l’année pour enfants cette année à Cannes, Kikou le coucou mérite son prix de mon point de vue. C’est simple, c’est drôle, c’est hyper efficace comme design et le matériel est parfait. Et accessoirement, ça sort agréablement des modes de jeu classiques de chez Haba. Kikou le coucou est un jeu d’adresse dans lequel on va essayer d’aider Kikou à construire un nid pour y mettre ses oeufs (parce qu’il n’a pas réussi à en piquer un). C’est donc une sorte de mikado à l’envers, où la boite sert de base et de réserve. On pioche des baguettes, on les mets en équilibre et on pose des oeufs dessus. C’est simple. Mais ça fonctionne très très bien, et notamment en mélangeant enfants et adultes. Je vous le recommande vivement.

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The spirit level est sans doute un des livres les plus importants que j’ai lu jusqu’à aujourd’hui, toutes catégories confondues. Et je signale tout de suite qu’il existe également en français sous le titre “Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous”, donc il n’y a pas de raisons de vous priver. Le titre français résume d’ailleurs assez bien le coeur du propos. Mais ce n’est pas un propos idéologique ou politique au sens restreint, mais bien un propos scientifique. Et de grande ampleur. En effet, Wilkinson et Pickett rendent là compte d’un travail d’une ampleur considérable puisqu’il concerne un échantillon représentatif des pays riches de la planète (ce qui permet de distinguer les effets de l’inégalité indépendamment de l’impact de l’accès aux besoins minimaux, mais les résultats s’appliquent plus largement qu’à seulement ces pays). Et pour ces pays, ils montrent, à l’aide de données en béton et sur de larges échantillons et périodes, que l’inégalité de revenus à des impacts considérables et assez indiscutables sur la santé, l’espérance de vie, les niveaux de confiance et de violence au sein d’une société, de drogues, la capacité à faire face au changement climatique également (je ne le détaille pas ici, mais c’est marquant et vital), etc. Et que l’égalité permet des sociétés fonctionnant mieux à tous points de vue. Et pour tous, notamment pour les plus favorisé-e-s, mais bien sur plus directement et fortement pour les moins favorisé-e-s. Les données sont comme je le disais, inattaquables et les conclusions également solides. Ce qui fait plaisir, quand on a toujours pensé que l’égalité devait être une priorité, mais surtout qui donne des arguments de poids pour l’argumenter et se remotiver autour de cette priorité politique. Et la bonne nouvelle, c’est que quelques soient les moyens pour arriver à plus d’égalité (et différents pays y arrivent par différents moyens, même aujourd’hui, le Japon et les pays scandinaves obtenant des résultats également bons avec des leviers très différents), les bénéfices sont sensiblement les mêmes et ils sont bien plus importants que toutes les politiques ponctuelles et spécifiques pour améliorer l’un ou l’autre des enjeux en question. Comme le sont parfois de grandes avancées scientifiques, les conclusions peuvent sembler relever du sens commun. Mais elles sont là ancrées dans des années de recherche et un nombre de travaux (avec un pannel international dépassant très largement le travail de Wilkinson et Pickett) considérable les validant. C’est du coup un livre qui redonne énormément d’espoir quand au fait de pouvoir faire avancer les choses dans le bon sens, et que je considère comme franchement incontournable.

Pour pouvoir permettre une diffusion la plus large possible de ces résultats, Richard Wilkinson et Kate Pickett ont donné beaucoup de conférences mais ont également mis en place une structure non-lucrative diffusant des supports pédagogiques et des compléments à leur livre. Pour commencer à faire boule de neige, je vous le mets là mais je compte bien en faire d’autres choses dans le futur :

https://www.equalitytrust.org.uk/

Et la version du livre en français :

https://www.amazon.fr/Pourquoi-l%C3%A9galit%C3%A9-meilleure-pour-tous/dp/2363831012/

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Plus je lis Richard Morgan, plus je l’apprécie. Non sans une certaine retenue parce que c’est un auteur que je trouve ambigu. Mais je pense qu’il l’est volontairement, et de manière très réfléchie et maline pour le coup. En particulier dans son traitement de la violence et de l’héroïsme. Et pour le coup, cette trilogie enfonce le clou sur ces thèmes-là. C’est même le propos central de l’ensemble, et il est abordé d’une manière déstabilisante, mais que je trouve franchement brillante. De fait, il s’agit de fantasy, avec tous les clichés inhérents au genre, notamment en termes de violence et d’héroïsme individuel. Sauf que, dès le départ, on sent bien que ça ne va pas se cantonner à un registre traditionnel puisque le héros est certes un vétéran avec une grosse épée magique, mais il est gay. Et avec une sexualité active, et décrite de manière tout à fait directe (donc, oui, c’est pour adulte, avec cette touche que j’aime beaucoup d’être sans doute illisible par qui que ce soit d’homophobe). Et ce n’est pas tout, puisque le déroulement est une déconstruction franche, mais progressive des trames héroïques traditionnelles. Jusqu’au bout, car la conclusion est déstabilisante en termes d’habitudes narratives, mais redoutablement efficace en ce qui me concerne. J’ajouterai que l’ensemble est bien écrit, mais très sombre, on pourrait sans doute classer ça dans la dark fantasy. Et de nombreux thèmes sociaux sont abordés, souvent violemment, mais de manière de mon point de vue pertinente et efficace.Je vous signale également, sans spoiler plus, qu’il est à mon avis bienvenu de lire d’abord la trilogie Takeshi Kovacs, du même auteur. C’est une série qui me laisse un goût en partie amer, mais ce n’est en rien une critique, et qui m’a pas mal marqué. Si vous aimez la fantasy autant qu’elle vous gonfle, que vous supportez la violence et les moments sombres dans la mesure où ils apportent quelque chose et que vous voulez tenter une trilogie un peu hallucinée mais marquante, c’est un bon choix.

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Une fois n’est pas coutume, je lis Sanderson en français, et sur papier bible puisque ce volume regroupe quatre tomes originels des aventures d’Alcatraz Smedry, une série pour ados/jeunes adultes. Certes, c’est pour ados, et ça l’est pleinement, mais c’est drôle. Enfin, dans la mesure où vous supportez les apartés permanents avec de l’humour d’ado. Parce que le narrateur est ado et c’est pour le moins bien rendu. Mais ce n’est pas que pour faire des blagues, c’est aussi pour faire de la pédagogie puisque tout en rigolant, ces apartés expliquent aussi comment l’histoire est construite, comment les personnages évoluent et tout un tas de choses de ce genre. Et certes ça prend de la place, mais je trouve que ça passe bien. Pour le reste, c’est n’importe quoi et c’est très réussi. En effet, Alcatraz découvre, et nous avec, que le monde est gouverné en secret par la secte des infâmes bibliothécaires, et que s’opposent à eux les royaumes magiques, dont la magie est à base de lunettes. Et qu’il fait partie de la lignée Smedry, qui a des pouvoirs puissants et passablement idiots comme arriver en retard, se lever avec une tête de déterré, ne pas savoir compter, etc. Et tout ça se tient suffisamment pour faire de vraies histoires, ce qui n’est pas étonnant de la part de Sanderson. Plutôt courtes, parce qu’avec moins de trois-cent pages par tome et beaucoup d’apartés, ça reste limité, mais efficaces et pleines d’inventions. Si vous avez envie d’une lecture de vacances, légère et juvénile, ou si vous cherchez un bouquin rigolo pour ados ou grands enfants, c’est tout à fait adapté. Moi, en tout cas, je me suis bien amusé.

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Toujours RIchard Morgan, et toujours les mêmes tendances, et j’aime toujours, même si ça vient titiller des choses pas toujours confortables. Il s’agit ici d’un roman autonome, dans un futur plutôt proche, et centré sur la question de l’influence de la génétique et de ses futures manipulations. Ce qui est croisé brillamment avec des questions politiques et sociales plus larges, notamment l’évolution des sociétés occidentales, et américaine en particulier, au sujet de la violence, des formes de domination masculines, du racisme et de la religion. Encore une fois, c’est un excellent roman d’enquête et d’action, avec du rythme, du suspense, et des personnages aussi intriguant et riches qu’attachants. Et encore une fois, sous cette couche d’action et de violence, il y a une réflexion profonde et très fine qui relève profondément de la science-fiction, volet fiction politique et conséquences sociales d’évolutions technologiques. Et encore une fois, ce n’est pas exactement réjouissant, malgré pas mal d’humour. Mais sans faire du tout donneur de leçons ou grands discours, je trouve que l’auteur réussit à tisser beaucoup de réflexions de fond et d’apport dans ce qui reste un thriller futuriste terriblement efficace.