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The spirit level est sans doute un des livres les plus importants que j’ai lu jusqu’à aujourd’hui, toutes catégories confondues. Et je signale tout de suite qu’il existe également en français sous le titre “Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous”, donc il n’y a pas de raisons de vous priver. Le titre français résume d’ailleurs assez bien le coeur du propos. Mais ce n’est pas un propos idéologique ou politique au sens restreint, mais bien un propos scientifique. Et de grande ampleur. En effet, Wilkinson et Pickett rendent là compte d’un travail d’une ampleur considérable puisqu’il concerne un échantillon représentatif des pays riches de la planète (ce qui permet de distinguer les effets de l’inégalité indépendamment de l’impact de l’accès aux besoins minimaux, mais les résultats s’appliquent plus largement qu’à seulement ces pays). Et pour ces pays, ils montrent, à l’aide de données en béton et sur de larges échantillons et périodes, que l’inégalité de revenus à des impacts considérables et assez indiscutables sur la santé, l’espérance de vie, les niveaux de confiance et de violence au sein d’une société, de drogues, la capacité à faire face au changement climatique également (je ne le détaille pas ici, mais c’est marquant et vital), etc. Et que l’égalité permet des sociétés fonctionnant mieux à tous points de vue. Et pour tous, notamment pour les plus favorisé-e-s, mais bien sur plus directement et fortement pour les moins favorisé-e-s. Les données sont comme je le disais, inattaquables et les conclusions également solides. Ce qui fait plaisir, quand on a toujours pensé que l’égalité devait être une priorité, mais surtout qui donne des arguments de poids pour l’argumenter et se remotiver autour de cette priorité politique. Et la bonne nouvelle, c’est que quelques soient les moyens pour arriver à plus d’égalité (et différents pays y arrivent par différents moyens, même aujourd’hui, le Japon et les pays scandinaves obtenant des résultats également bons avec des leviers très différents), les bénéfices sont sensiblement les mêmes et ils sont bien plus importants que toutes les politiques ponctuelles et spécifiques pour améliorer l’un ou l’autre des enjeux en question. Comme le sont parfois de grandes avancées scientifiques, les conclusions peuvent sembler relever du sens commun. Mais elles sont là ancrées dans des années de recherche et un nombre de travaux (avec un pannel international dépassant très largement le travail de Wilkinson et Pickett) considérable les validant. C’est du coup un livre qui redonne énormément d’espoir quand au fait de pouvoir faire avancer les choses dans le bon sens, et que je considère comme franchement incontournable.

Pour pouvoir permettre une diffusion la plus large possible de ces résultats, Richard Wilkinson et Kate Pickett ont donné beaucoup de conférences mais ont également mis en place une structure non-lucrative diffusant des supports pédagogiques et des compléments à leur livre. Pour commencer à faire boule de neige, je vous le mets là mais je compte bien en faire d’autres choses dans le futur :

https://www.equalitytrust.org.uk/

Et la version du livre en français :

https://www.amazon.fr/Pourquoi-l%C3%A9galit%C3%A9-meilleure-pour-tous/dp/2363831012/

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Plus je lis Richard Morgan, plus je l’apprécie. Non sans une certaine retenue parce que c’est un auteur que je trouve ambigu. Mais je pense qu’il l’est volontairement, et de manière très réfléchie et maline pour le coup. En particulier dans son traitement de la violence et de l’héroïsme. Et pour le coup, cette trilogie enfonce le clou sur ces thèmes-là. C’est même le propos central de l’ensemble, et il est abordé d’une manière déstabilisante, mais que je trouve franchement brillante. De fait, il s’agit de fantasy, avec tous les clichés inhérents au genre, notamment en termes de violence et d’héroïsme individuel. Sauf que, dès le départ, on sent bien que ça ne va pas se cantonner à un registre traditionnel puisque le héros est certes un vétéran avec une grosse épée magique, mais il est gay. Et avec une sexualité active, et décrite de manière tout à fait directe (donc, oui, c’est pour adulte, avec cette touche que j’aime beaucoup d’être sans doute illisible par qui que ce soit d’homophobe). Et ce n’est pas tout, puisque le déroulement est une déconstruction franche, mais progressive des trames héroïques traditionnelles. Jusqu’au bout, car la conclusion est déstabilisante en termes d’habitudes narratives, mais redoutablement efficace en ce qui me concerne. J’ajouterai que l’ensemble est bien écrit, mais très sombre, on pourrait sans doute classer ça dans la dark fantasy. Et de nombreux thèmes sociaux sont abordés, souvent violemment, mais de manière de mon point de vue pertinente et efficace.Je vous signale également, sans spoiler plus, qu’il est à mon avis bienvenu de lire d’abord la trilogie Takeshi Kovacs, du même auteur. C’est une série qui me laisse un goût en partie amer, mais ce n’est en rien une critique, et qui m’a pas mal marqué. Si vous aimez la fantasy autant qu’elle vous gonfle, que vous supportez la violence et les moments sombres dans la mesure où ils apportent quelque chose et que vous voulez tenter une trilogie un peu hallucinée mais marquante, c’est un bon choix.

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Une fois n’est pas coutume, je lis Sanderson en français, et sur papier bible puisque ce volume regroupe quatre tomes originels des aventures d’Alcatraz Smedry, une série pour ados/jeunes adultes. Certes, c’est pour ados, et ça l’est pleinement, mais c’est drôle. Enfin, dans la mesure où vous supportez les apartés permanents avec de l’humour d’ado. Parce que le narrateur est ado et c’est pour le moins bien rendu. Mais ce n’est pas que pour faire des blagues, c’est aussi pour faire de la pédagogie puisque tout en rigolant, ces apartés expliquent aussi comment l’histoire est construite, comment les personnages évoluent et tout un tas de choses de ce genre. Et certes ça prend de la place, mais je trouve que ça passe bien. Pour le reste, c’est n’importe quoi et c’est très réussi. En effet, Alcatraz découvre, et nous avec, que le monde est gouverné en secret par la secte des infâmes bibliothécaires, et que s’opposent à eux les royaumes magiques, dont la magie est à base de lunettes. Et qu’il fait partie de la lignée Smedry, qui a des pouvoirs puissants et passablement idiots comme arriver en retard, se lever avec une tête de déterré, ne pas savoir compter, etc. Et tout ça se tient suffisamment pour faire de vraies histoires, ce qui n’est pas étonnant de la part de Sanderson. Plutôt courtes, parce qu’avec moins de trois-cent pages par tome et beaucoup d’apartés, ça reste limité, mais efficaces et pleines d’inventions. Si vous avez envie d’une lecture de vacances, légère et juvénile, ou si vous cherchez un bouquin rigolo pour ados ou grands enfants, c’est tout à fait adapté. Moi, en tout cas, je me suis bien amusé.

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Toujours RIchard Morgan, et toujours les mêmes tendances, et j’aime toujours, même si ça vient titiller des choses pas toujours confortables. Il s’agit ici d’un roman autonome, dans un futur plutôt proche, et centré sur la question de l’influence de la génétique et de ses futures manipulations. Ce qui est croisé brillamment avec des questions politiques et sociales plus larges, notamment l’évolution des sociétés occidentales, et américaine en particulier, au sujet de la violence, des formes de domination masculines, du racisme et de la religion. Encore une fois, c’est un excellent roman d’enquête et d’action, avec du rythme, du suspense, et des personnages aussi intriguant et riches qu’attachants. Et encore une fois, sous cette couche d’action et de violence, il y a une réflexion profonde et très fine qui relève profondément de la science-fiction, volet fiction politique et conséquences sociales d’évolutions technologiques. Et encore une fois, ce n’est pas exactement réjouissant, malgré pas mal d’humour. Mais sans faire du tout donneur de leçons ou grands discours, je trouve que l’auteur réussit à tisser beaucoup de réflexions de fond et d’apport dans ce qui reste un thriller futuriste terriblement efficace.

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Cette série de Richard Morgan habite un entre-deux, tout à fait réussi, entre de la science-fiction et du roman noir. De fait, le cadre est largement futuriste, avec une humanité qui a colonisé un certain nombre de planètes d’une part, et qui est capable de se transférer d’un corps à l’autre, ou sur support informatique avec une virtuelle d’autre part. Les deux étant liés, puisque le fait de pouvoir se télécharger dans un nouveau corps permet de se rendre sur une autre planète sans contrainte de durée de trajet et de vitesse de la lumière. Dans ce cadre, on suit dans cette trilogie Takeshi Kovacs, un ancien agent spécial/commando/espion du gouvernement interplanétaire. Un baroudeur, extrêmement compétent pour plein de choses, mais avec une conscience et un passé douloureux, bref, un vrai profil de personnage principal de roman noir. Tout en gardant de l’humour et une certaine finesse, on reste dans les codes mais sans tomber dans le cliché non plus. Ce qui fait qu’il en est attachant. Chaque roman est construit comme une enquête, voire comme un enchainement de complots et de maneuvres plus ou moins politiques. Et ce sont des scénarios passablement élaborés et retors, mais qui sont agréable à suivre parce que le rythme et l’écriture sont prenants, et que même si on n’arrive pas à anticiper les grands plans, ils sont bien amenés et au final très cohérents et solides. En soit, ça suffirait déjà à en faire de très bons romans. Mais en plus, il se tisse au fil de ces trois romans quelque chose qui ressort vraiment de la science-fiction au sens classique du terme, avec des découvertes et révélations sur le monde, sur le comment de la colonisation des planètes et sur les martiens (je ne vous en dit pas plus, mais c’est chouette). Ajoutez à ça une dimension politique fine et bien construite et argumentée, et vous avez la recette pour une trilogie qui m’a beaucoup plu et dont j’attends idéalement une suite.

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Difficile de décrire ce bouquin tant il est foisonnant, mais il mérite d’être mis en avant. Sous-titré : traité de neurosagesse pour changer l’école et la société, il s’attaque à beaucoup de choses à la fois. Et tant mieux. Tant mieux parce que malgré quelques raccourcis et une structure parfois un peu confuse, il est plein d’enthousiasme et d’envie, et plein d’idées essentielles également. Idriss Aberkane a trois doctorats, et donc, globalement, il base ce qu’il raconte sur beaucoup de résultats de recherche et d’auteur-trice-s qui tiennent largement la route. Ce qui lui permet de proposer à la fois une synthèse vulgarisée de pas mal de choses en neurosciences, mais aussi de mettre en lien ces résultats, et ces connaissances sur la manière dont nous pensons et fonctionnons, avec beaucoup de questions sociales et politiques. En particulier sur la question de l’école et de l’éducation, mais aussi de l’économie de la connaissance, du marketing, des médias, de la politique, etc. Et ça donne largement à penser, de manière plutôt solide, et surtout ça donne envie, de tenir compte de tout ça et de changer pour mieux. Certes, il y a quelques maladresses, dues à mon sens à la rapidité avec laquelle sont traités tant de sujets, mais elles sont à mon sens très pardonnables tant les intentions sont claires et motivantes, et tant ça donne envie de se documenter plus là où on peut repérer des choses un peu trop rapides. C’est vraiment un livre qui donne envie de comprendre et qui donne envie de faire, ce qui est tout de même assez précieux. Et l’ambition, immense, de départ, est surprenamment bien tenue en un volume pas tellement épais au final. Qui plus est, l’auteur se réfère dans plusieurs champs différents à des auteur-trice-s que j’apprécie beaucoup et qui en ce qui me concerne donnent une assise et une légitimité à l’ensemble, comme Idries Shah et Jane McGonigal par exemple. Un ouvrage foisonnant, donc, et ambitieux, qui réussit à enthousiasmer et à donner envie tout en étant très raisonnablement accessible. Pour tout dire, ce genre de travail, par un auteur français, c’est beaucoup trop rare, et je ne peux que vous conseiller d’y jeter au moins un oeil, ça mérite.

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Subnautica est ma dernière incursion dans le monde du jeu vidéo, pour lequel je n’ai plus beaucoup de temps, et j’ai vraiment apprécié. Tout commence avec un crash, de vaisseau spatial, sur une planète océanique. On reprends conscience dans une petite capsule de sauvetage en mauvais état, flottant sur un océan alien, avec en toile de fond l’épave de notre vaisseau en train de se consumer (de manière tout à fait radioactive par ailleurs). A partir de là, il s’agit d’un jeu de survie et d’exploration, entièrement sous-marin. Et c’est beau, déjà. Avec des poissons bizarres, des paysages variés, de la bioluminescence dès que vient la nuit, et un vrai dépaysement. Pour le coup, le coté merveilleux de l’exploration est à mon sens entièrement rempli, beaucoup beaucoup plus que dans n’importe quel environnement plus classique. C’est aussi un jeu de survie, et de crafting, puisqu’il va s’agir de se bricoler de l’équipement de plus en plus élaboré, mais aussi de manger, de boire et de ne pas se faire bouffer. Parce que oui, tous les poissons ne sont pas sympas. Mais à ce titre, ça ne devient en rien un jeu de chasse ou de tir, même bien équipé. Au mieux, on se protège des prédateurs mais on ne les attaque pas. Ce qui contribue à une vraie ambiance de jeu d’horreur tranquille. Tranquille en ce sens qu’on ne court pas partout pour dézinguer les méchants, ni qu’on ne se fait sauter dessus par surprise. Mais d’horreur parce qu’on est tout seul dans un océan immense avec des trucs dedans et des gouffres abyssaux. Et en ce qui me concerne, ça marche carrément. Et, oui, le crafting est élaboré et bien foutu, et lié à l’exploration, et permet d’aller vers la construction d’une base sous-marine, de véhicules, etc. Véhicules qui permettront d’explorer plus profond, de découvrir de nouveaux environnements, de se perdre de manière plus variée aussi. C’est vraiment une expérience que j’ai beaucoup appréciée, et que je trouve extrêmement bien réalisée, sur un thème qui plus est orginal. Maintenant, le jeu n’est pas fini pour le moment, il est en early access, et je pense qu’il gagnera encore, et il sera a priori avec une vraie fin, que je n’ai pas encore atteinte. Mais pour les vingt premières heures de jeu, c’est du tout bon.

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