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Les suites de la compagnie noire, donc, puisqu’il restait des choses pas finies et un certain nombre de personnages dont on pouvait avoir envie de connaitre la suite. Et il y a de quoi faire, largement. Si vous aimez la première trilogie, vous avez toutes les chances d’apprécier ces suites, qui, même si elles renouvellent le type d’intrigues, de narration et d’environnement, restent dans le droit fil. Les trois livres regroupés dans The books of the South constituent une continuation et un bouclage de plein de choses de la première série, tout en y apportant de la nouveauté. Dans le style de narration pour certains livres, dans la découverte d’aspects vraiment nouveaux du monde pour d’autres. J’ai eu l’impression d’avoir pour la plus grande partie affaire à un super bonus de la première série qui clorait pas pas mal de choses laissées en suspens, et à une ouverture sur autre chose ensuite. De fait, les livres de The Return sont plus orientés, tout en gardant un lien dans certains personnages, vers une nouvelle direction en termes de scénario et d’enjeux. C’est un peu le “après la fin”. Et ça relance vraiment. Avec des moments bizarres, notamment en termes de narration pour un des livres, et une exploration de fantasy dans un cadre non-européen que j’ai trouvée très bienvenue. Et ces trois livres n’arrivent qu’à une semi-issue, puisqu’il y a encore une suite. Qui une fois de plus semble clore certains aspects mais pas d’autres, et il y aura donc sans doute encore une suite de suite. Quand on aime, c’est une bonne nouvelle, mais d’aucun-e-s pourraient trouver que cette absence de vraie fin définitive est lassante. Moi non, d’autant que je trouve ça très cohérent avec le fait de traiter des personnages humains, et non des stéréotypes, et donc des histoires qui n’ont pas une fin globale bien nette.

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Jean-Louis Tripp nous livre ici une autobiographie de sa vie sexuelle, en BD. En tout cas le début puisqu’il s’agit d’un premier tome, il y aura une suite, et tant mieux. Pour commencer par la forme : j’aime vraiment beaucoup le dessin de Tripp. Les personnages sont vivants et expressifs, et le crayonné donne une vie globale au dessin que j’aime vraiment. Doublé d’une douceur dans le trait qui convient à mon sens parfaitement au propos. Et je pense que je préfère même cette version noir et blanc à ce qu’il fait par exemple pour Magasin général (alors que j’aime déjà beaucoup Magasin général). Sur le fond, ensuite, je trouve extrêmement réussi. Parce que sur un sujet qui pouvait se prêter à de l’humour un peu facile ou à quelque chose de superficiel, il livre au contraire un regard très fin et très tendre, sur lui-même et sur son parcours. Et, finalement, sur la sexualité masculine plus largement. Il réussit en effet à mettre en lumière des interrogations et enjeux, sur les impacts du cadre familial, politique, et sur les tensions dans la construction d’une sexualité masculine sensible et humaine que je trouve essentiel et pas si souvent abordés. Et le fait qu’il soit issu d’une famille communiste est à la fois très drôle, mais aussi très riche tout en évitant de retrouver des questionnements plus classiques autour de l’éducation judéo-chrétienne. Et cela permet d’explorer aussi des questionnements sur la liberté sexuelle, le féminisme et la manière de conjuguer tout ça non pas en théorie mais dans une pratique en construction. En en parlant comme ça, je donne peut-être une impression très sérieuse, mais c’est bien une BD qui est avant tout drôle et touchante, pleine d’émotions et d’humour, tout en réussissant à interroger sur des choses très fondamentales. Donc, oui, je valide pleinement, et je conseille sans hésitation.

Rick and Morty, Saisons 1-3

novembre 7, 2017

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Vous avez peut-être déjà vu passer Rick et Morty, ils sont très à la mode en ce moment. Et, honnêtement, je trouve que ça mérite d’être connu. Il s’agit d’une série de dessin animé improbable et arrachée, à laquelle nous avons énormément accroché. Maintenant, soyons clairs : c’est n’importe quoi (et ce n’est pas du tout pour les enfants). Rick est une sorte de Doc Brown croisé avec Doctor Who, mais alcoolique, extrêmement grossier et à la limite de la psychopathie (sauf que c’est bien plus fin psychologiquement que ça, au final). Et Morty est son petit-fils, entraîné dans des aventures à travers le temps et l’espace, en tant que compagnon et souffre-douleur. C’est donc très drôle, si on aime l’humour qui rape et qui ne prend pas de gants. C’est également très très référencé en termes de science-fiction, avec pour chaque épisode un vrai scénario de SF très construit. Et c’est cruel mais étonnamment profond et juste en termes de psychologie et d’évolution des personnages. Et, je le redis, c’est vulgaire et sans limites. Ce qui fait un cocktail très étonnant, mais la sauce prend parfaitement et nous sommes devenus complètement accros. On pourrait dire que c’est Retour vers le futur croisé avec Dr Who et South Park, par exemple. Si vous aimez les trois, ça a toutes les chances de vous plaire beaucoup. Sinon, je dirais qu’il faut essayer quelques épisodes pour se faire une idée. Par ici, on attends avec impatience la prochaine saison, mais ce n’est malheureusement pas pour tout de suite tout de suite…

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Roald Dahl, en livres, c’est quand même vraiment très très bien. Et pour peu que vous ayez eu la chance de le lire enfant, ça a des chances de vous avoir laissé de bons souvenirs. Et des images colorées. D’où la difficulté à le traduire en film. Heureusement, jusque là, ce n’est pas n’importe qui qui s’y colle (cf James et la grosse pêche et Charlie et la chocolaterie notamment). Ici, c’est Steven Spielberg, et beaucoup d’images de synthèse. Oui, parce que le bon gros géant, forcément, il est en images de synthèse… parfaitement réussies et intégrées. Il est touchant, plein d’expressions de visages et de finesses. Et il est drôle comme dans le livre, et poétique, et décalé. Bon, ce n’est pas le livre, mais c’est une adaptation que j’ai trouvé très réussie, aussi bien d’un point de vue narratif que visuel. Et qui se permet d’assumer le côté décalé du scénario jusqu’au bout. C’est tellement bien fait que ça n’a l’air de rien, ce que je trouve tout à fait admirable en termes de réalisation. C’était un peu passé inaperçu pour moi au moment de la sortie, mais je vous le conseille grandement, à tous les âges.

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Oui, ça peut sembler étrange de mettre un nom d’auteure pour le Mahabharata. Mais c’est ici complètement justifié étant donné la qualité et la quantité démesurée du travail réalisé. Pour mémoire, le Mahabharata est le grand récit mythologique de l’Inde, composé de dix-huit livres et considéré comme le cinquième livre sacré de l’hindouisme après les Vedas. Un monument donc. Il s’agit ici d’une version résumée (il faut pour réciter oralement l’ensemble de l’original sanskrit autour de trois mois) mais ça reste un beau morceau. Traduit en anglais donc, et dans une nouvelle traduction qui vise à retrouver la dimension poétique aussi bien que la dimension mythologique et narrative de l’original. Certes, je n’ai pas lu l’original, mais je trouve que question poésie, c’est franchement réussi. Et passablement impressionnant au vu de la taille du texte. C’est du vers libre anglais, donc sans nécessairement de rime, mais avec un rythme et une musique très réussis. Et c’est donc une très belle manière de découvrir une fresque mythologique exceptionnelle. On y trouve de tout, et même, selon le texte, tout ce qui mérite d’être discuté et réfléchi tout court. Fondamentalement, c’est l’histoire de la famille des Bharatas, au sein de laquelle deux fratries vont être amenées à s’affronter et vont par ce biais fonder le monde tel qu’il est aujourd’hui. Enfin, dans la perspective de l’Inde traditionnelle, s’entend. C’est donc plein de batailles, certes, mais surtout de personnages et de récits foisonnants et emboités les uns dans les autres. Il y a une vraie dimension labyrinthique, mais dans laquelle on réussit quand même à se retrouver. Et puis, le destin de tous ces personnages est conditionné par le Dharma et les influences divines. C’est donc aussi un récit de sagesse et de spiritualité, de réflexions profondes sur l’existence (la Baghavad Gita, pour ceux et celle qui situent, est un chapitre du Mahabharata par exemple). On peut donc y trouver avec bonheur tout ça, ainsi bien sur qu’un dépaysement certain et une découverte des racines de la pensée indienne. Etant fan de la version théatro-filmique de Peter Brook depuis longtemps, je suis très content d’avoir enfin lu une version texte, et tout particulièrement celle-ci que j’ai trouvée très réussie.

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Rad dad est un fanzine, qui a quelques années maintenant, qui se propose d’explorer la paternité avec un regard conscient et réflexif, en particulier sur les questions de classe, race et sexe. Cet ouvrage est une compilation d’articles divers issus de ce magazine. Ce sont des articles courts, bien écrits, et très ancrés dans le vécu de leurs auteurs, rarement sur un registre théorisant ou détaché. Et tant mieux, c’est ce qui donne une vitalité et une pertinence particulière à l’ensemble. Et qui évite aussi très largement de faire donneur de leçons : on est dans le questionnement partagé. Bien informé souvent, certes, mais dans le questionnement. Etant donné la taille des articles, il y en a beaucoup, et ils méritent tous de s’y attendre et de réfléchir à ce qu’ils racontent. Et ils racontent : les interrogations quant à la paternité puis l’éducation dans un monde dans lequel les inégalités et les discriminations sont nombreuses. Qu’en faire donc avec des enfants, directement concernés ou non ? Comment aborder ces questions, dans son comportement comme dans ses discours ? Et faire face à des comportements racistes, sexistes, classistes ? Avec des éclairages venant de familles de tous types : LGBT, d’origines ethniques différentes et racisées ou non, de classes sociales différentes, et éventuellement mélangées ou mobiles. Des éclairages aussi sur la relation aux médias et à la société de consommation. Bref, plein de bonnes choses. Et ça fait du bien de lire des choses sur la parentalité qui soient à la fois réfléchies et très ancrée dans une conscience politique qui me parle largement.

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Ayant envie d’en lire plus sur des aventures himalayennes, j’ai suivi les bons conseils de mon papa et j’ai lu Jon Krakauer (qui est également l’auteur de Into the wild). Et c’est vraiment passionnant. Pas réjouissant, mais il est difficile de lâcher le bouquin une fois qu’on est dedans. D’une part parce que c’est une histoire vraie avec un suspense terrible, d’autre part parce que c’est fascinant et à la limite de l’incroyable. Jon Krakauer est journaliste et écrivain, mais aussi fervent amateur de montagne et d’alpinisme. Et le magazine Outside lui a proposé en 1996 de rejoindre une expédition commerciale pour faire l’ascension de l’Everest. Avec le meilleur guide de l’époque, et une équipe de clients prêts à payer cher pour faire l’ascension, malgré des compétences d’alpinistes pas nécessairement au niveau. Enfin, certainement pas au niveau pour le faire de manière autonome, mais avec un guide qui leur garantissait que c’était possible en le faisant avec lui. Et il raconte comment ça s’est passé. Et ça s’est mal passé. Ce qui fait qu’on a à la fois la dimension de découverte de ces expéditions qui se confrontent tout de même à des conditions absolument extrêmes, ce qui est en soi fascinant, et une dimension de suspense, et presque d’enquête pour comprendre ce qu’il s’est passé qui a fait que ça a tant merdé (on sait dès le tout début que ça a mal fini, d’où le fait que je me permette de spoiler). C’est dramatique, au final, comme récit, comme aventure, mais c’est scotchant. Et c’est écrit de manière efficace et directe, tout à fait agréable à lire. Et c’est une histoire qui reste en tête. Si vous êtes un tant soit peu curieux-se de ce genre de conditions extrêmes, je recommande fortement.