230417_Spirit_level

The spirit level est sans doute un des livres les plus importants que j’ai lu jusqu’à aujourd’hui, toutes catégories confondues. Et je signale tout de suite qu’il existe également en français sous le titre “Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous”, donc il n’y a pas de raisons de vous priver. Le titre français résume d’ailleurs assez bien le coeur du propos. Mais ce n’est pas un propos idéologique ou politique au sens restreint, mais bien un propos scientifique. Et de grande ampleur. En effet, Wilkinson et Pickett rendent là compte d’un travail d’une ampleur considérable puisqu’il concerne un échantillon représentatif des pays riches de la planète (ce qui permet de distinguer les effets de l’inégalité indépendamment de l’impact de l’accès aux besoins minimaux, mais les résultats s’appliquent plus largement qu’à seulement ces pays). Et pour ces pays, ils montrent, à l’aide de données en béton et sur de larges échantillons et périodes, que l’inégalité de revenus à des impacts considérables et assez indiscutables sur la santé, l’espérance de vie, les niveaux de confiance et de violence au sein d’une société, de drogues, la capacité à faire face au changement climatique également (je ne le détaille pas ici, mais c’est marquant et vital), etc. Et que l’égalité permet des sociétés fonctionnant mieux à tous points de vue. Et pour tous, notamment pour les plus favorisé-e-s, mais bien sur plus directement et fortement pour les moins favorisé-e-s. Les données sont comme je le disais, inattaquables et les conclusions également solides. Ce qui fait plaisir, quand on a toujours pensé que l’égalité devait être une priorité, mais surtout qui donne des arguments de poids pour l’argumenter et se remotiver autour de cette priorité politique. Et la bonne nouvelle, c’est que quelques soient les moyens pour arriver à plus d’égalité (et différents pays y arrivent par différents moyens, même aujourd’hui, le Japon et les pays scandinaves obtenant des résultats également bons avec des leviers très différents), les bénéfices sont sensiblement les mêmes et ils sont bien plus importants que toutes les politiques ponctuelles et spécifiques pour améliorer l’un ou l’autre des enjeux en question. Comme le sont parfois de grandes avancées scientifiques, les conclusions peuvent sembler relever du sens commun. Mais elles sont là ancrées dans des années de recherche et un nombre de travaux (avec un pannel international dépassant très largement le travail de Wilkinson et Pickett) considérable les validant. C’est du coup un livre qui redonne énormément d’espoir quand au fait de pouvoir faire avancer les choses dans le bon sens, et que je considère comme franchement incontournable.

Pour pouvoir permettre une diffusion la plus large possible de ces résultats, Richard Wilkinson et Kate Pickett ont donné beaucoup de conférences mais ont également mis en place une structure non-lucrative diffusant des supports pédagogiques et des compléments à leur livre. Pour commencer à faire boule de neige, je vous le mets là mais je compte bien en faire d’autres choses dans le futur :

https://www.equalitytrust.org.uk/

Et la version du livre en français :

https://www.amazon.fr/Pourquoi-l%C3%A9galit%C3%A9-meilleure-pour-tous/dp/2363831012/

280515_Stoltenberg

Refuser d’être un homme est publié dans la collection nouvelles questions féministes, qui publie habituellement des auteures parlant de féminisme radicale. Mais il y a toute sa place, puisqu’il s’agit bien d’un point de vue féministe radical, bien que masculin, sur la masculinité et la virilité. C’est ce qu’expliquent d’ailleurs les quatre avant-propos. Ils sont justes, et intéressants, mais c’est peut-être un peu beaucoup avant même de commencer le livre. Bon, ça peut se discuter, parce que c’est un choc, en tout cas ça l’a été pour moi, et la mise en train progressive peut aider, j’imagine. C’est un choc bienvenu, ceci étant, salvateur même je pense, mais ça ne se fait pas sans peine et sans remise en question. En effet, Stoltenberg explore de manière brillante et radicale différentes facettes de la virilité, et donc de la construction de l’identité masculine dans nos cultures patriarcales, ce qui, en tout cas pour un homme féministe voulant aller au fond de ces questions, est assez douloureux. Parce que Stoltenberg va au fond des choses et expose ce que chacun d’entre nous porte de virilité et de culture de domination masculine. Notamment en ce qui concerne la construction du désir et de l’imaginaire sexuel, ce qui est bien trop rare, mais, comme je le disais, salvateur. Je ne peux que vous le conseiller très fortement, mais je ne peux pas vous y encourager en vous disant que ce sera une lecture sympa. Ce sera une lecture importante, troublante, une lecture qui fait vraiment se poser des questions et grandir par contre. Sur la forme, je signalerais par contre qu’il s’agit d’un recueil d’interventions, articles et allocutions, cohérents sur le fond, mais pas tous aussi approfondis ou solides. J’en regrette simplement que Stoltenberg n’ait pas écrit un vrai ouvrage reprenant tout ça avec une construction plus complète. Mais qu’importe, il y a déjà là très largement de quoi faire. Vraiment, allez-y, mais accrochez vous.

What if ? de Randall Munroe

novembre 4, 2014

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Randall Munroe écrit et dessine xkcd, ce qui le place déjà très haut dans mon estime, mais en plus, il vient de commettre ce livre qui regroupe ce qu’il avait déjà commencé sur son blog : des réponses scientifiques très argumentées et pédagogiques à des questions hypothétiques plus ou moins abracadabrantes. Et c’est du pur génie. Sérieusement, je suis à la fois enthousiasmé, amusé et profondément bluffé par ce que réussit là Randall Munroe. En effet, chaque question semble au départ aberrante, décalée, et difficilement solvable de manière sérieuse. Mais l’érudition scientifique extrêmement large de l’auteur lui permet d’aller chercher des réponses dans tous les champs scientifiques et de les tisser au mieux pour apporter des réponses, parfois approximatives certes, mais toujours crédibles et solidement argumentées. Et souvent drôles puisque tout ça est illustré de petits crobards à la mode xkcd, avec une efficacité sans faille. C’est de plus vraiment instructif. A la fois d’ailleurs pour ce qui est des éléments scientifiques expliqués et utilisés que pour ce qui est de la manière de s’attaquer aux problèmes et d’y apporter des réponses même en l’absence de données précises. Il y a vraiment quelque chose de génial à savoir méler tout ça de manière aussi fluide, et accessoirement bien écrite. Et comme la traduction française est déjà prévue et signée (oui, la version anglaise a sérieusement cartonné dès sa sortie), vous n’aurez aucune excuse si vous ratez ce grand moment de n’importe quoi scientifico-humoristique génial.

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Je m’étais mis de coté depuis longtemps ce bouquin considéré par beaucoup comme un classique incontournable. J’avais bien fait mais je n’aurais pas du attendre aussi longtemps pour le lire. Joseph Campbell est un spécialiste de la mythologie, toutes les mythologies, et il produit ici une analyse synthétique des points communs entre tous les grands récits mythologiques. Il dégage donc une structure universelle dans ces grands récits, qu’il nomme monomythe. Son travail d’analyse et de synthèse est passablement convaincant, mais ce n’est finalement pas le plus intéressant, même si ça suffirait à en faire un livre méritoire. D’une part, Campbell met en lumière ce à quoi sert fondamentalement la mythologie (et la spiritualité, voire la religion avant que celle-ci ne perde son sens premier une fois qu’elle prends des formes liées au pouvoir), en quoi elle permet de créer un récit de ce qu’est être humain et de ce que signifie faire société. Et il redonne ainsi à la lecture de la mythologie un sens éthique et spirituel passionnant. D’autre part, il lie ces récits et la construction du sens collectif au parcours individuel du héros et de la manière dont c’est également une métaphore pour la construction individuel et la confrontation aux diverses questions et difficultés de la vie. Enfin, la structure des récits mythologiques est aussi la structure narrative fondamentale, et se retrouve dans tous les types de construction narrative, en particulier de fiction. Il y a donc dans ce livre de quoi alimenter bien des réflexions, et de quoi revenir aussi à des questions fondamentales d’identité et de société. Donc, oui, lisez-le, ça se trouve d’ailleurs en poche français très facilement.

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De temps en temps, on s’attaque à un bouquin en se disant qu’il est important, que c’est un gros morceau. Et dans certains cas, on ne se trompe pas. C’est le cas ici : Histoire populaire de l’humanité est un gros morceau, mais un morceau essentiel. Un livre de plus dont je vais dire que c’est un incontournable, un bouquin essentiel. Or donc, comme son titre l’indique, il s’agit d’une histoire de l’humanité, de ses débuts préhistoriques à nos jours, et ce non pas du point de vue des “grands” de ce monde, mais bien de la masse de l’humanité, du peuple et des mouvements sociaux. Ce qui, par rapport à la manière dont l’histoire est enseignée partout dans nos pays, est une révolution et une révolution sacrément bienvenue. Parce qu’enfin, on peut regarder et comprendre comment les sociétés évoluent, grandissent, changent et se confrontent, et comment la culture d’un peuple, ou de plusieurs, ou de certains morceaux, se construit de nombreux facteurs. Et parce que, surtout, on voit comment, depuis l’apparition des sociétés de classe, la lutte, voire la guerre des classes a toujours eu plus ou moins les mêmes formes, et les mêmes vainqueurs. Ce qui est à la fois passionnant, éclairant dans des proportions rares, et en bonne partie déprimant tant les classes dominées se font avoir encore et encore et encore (et tant la violence est très très majoritairement du coté du manche même si celle qui est mise en avant trop souvent et dépeinte de manière apeurante est celle des dominés essayant parfois un peu de renverser les choses). C’est donc, comme je le disais, un livre qui mérite mille fois d’être lu, sans par contre se faire d’illusions sur le fait que c’est un gros morceau (mais qui se prête bien à une lecture par petites tranches).

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Je ne vous présente pas Chomsky, hein, on va gagner du temps ? Il ‘agit donc ici d’un recueil thématique, et remis en forme, sur la question du pouvoir (politique, au niveau des états) tiré de plusieurs conférences et rencontres datant de la toute fin des années 80. Chomsky y passe en revue les grandes facettes de l’organisation du pouvoir politique aux Etats-Unis, et donc de ses liens avec les grandes forces capitalistes et les détenteurs du pouvoir réel. Il en montre, de manière très facilement accessible, les articulations et les forces. Certes, dans un cadre américain, mais c’est très facilement transposable et les leçons générales qu’on peut en tirer sur le pouvoir et ses finalités sont franchement universelles. Et Chomsky met ces organisations à nu, en s’appuyant qui plus est sur des documents très spécifiques issus du gouvernement américain. Très franchement, si vous n’étiez pas déjà très franchement désillusionné sur ce type de structures de pouvoir, vous aurez du mal à ne pas le devenir. Et pour autant : tant mieux. C’est à mon sens un éclairage essentiel. Et Chomsky n’oublie pas non plus de donner des pistes de résistance et d’action et de montrer comment certaines ont eu un impact. Ce genre d’analyse devrait à mon sens faire partie d’un cursus minimal et obligatoire de citoyen, tant ne pas comprendre comment fonctionne le pouvoir auquel on est soumis ne peut que produire une impuissance totale. Accessoirement, la forme de cet ouvrage, en questions et réponses, sur un rythme oral, me l’a rendu extrêmement agréable et facile à lire. Le fond est passionnant et la forme est fluide et rapide. Il y a deux autres tomes dans la même série, ils sont passés directement dans ma liste de trucs à lire vite.

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J’imagine que vous connaissez le film… si ce n’est pas le cas, vous avez raté quelque chose de mémorable. Et donc : le livre. A noter que l’auteur est surtout auteur de scripts de séries et de films à l’origine, et que le passage du livre au film était tellement facile qu’on peut dire qu’il était anticipé dès le départ. Et le livre est tout à fait au niveau du film, voire meilleur, et a l’avantage de vieillir beaucoup mieux qui plus est. L’histoire est la même que celle du film, si ce n’est une longue introduction et une conclusions plus adultes et très bonnes. Par contre, sur cette même trame, s’ajoute à l’écrit de nombreuses notes et commentaires, un vrai second degré, que l’on ne trouve pas dans le livre. Et tout ça est écrit avec un talent évident. Donc, sans chipoter plus longtemps, je vous le dis : si vous avez aimé le film, le livre est un ajout quasiment indispensable. Un pur bonheur à n’éviter sous aucun prétexte.