100618_NouslesmecsDaniel Welzer-Lang est sociologue et travaille depuis longtemps sur la sexualité, le patriarcat et la masculinité, sur une base pro-féministe. Il propose ici non pas un livre de recherche ou de théorie, mais de vulgarisation, à mon sens, et de questionnement très accessible. Ce qui en fait tout l’intérêt, mais qui peut créer une certaine frustration pour celles et ceux qui voudraient y trouver des arguments et des références plus solides et scientifiques. A mes yeux, ça en fait un très bon ouvrage à partager, un point d’entrée très bienvenu dans ce sujet. En particulier parce qu’il aborde les questions d’égalité et d’évolution des rapports femmes-hommes du côté des hommes. En bref, il pose la question de la manière dont les hommes sont éduqués, dont ils se construisent en tant qu’homme, et ils pointe les diverses manières dont l’avancée de l’égalité vient remettre en cause, et souvent mettre en difficulté, les hommes construits ainsi. Ce qui permet déjà de prendre conscience de la manière dont on a été construit, et ce n’est pas rien ; et de voir ce qui peut être questionnant ou difficile dans les changements actuels, même quand on est convaincu sur le principe. Et c’est un livre qui permet aussi à des lectrices de percevoir comment se fait la construction de la masculinité de l’intérieur. Et qui ouvre donc un champ d’échanges, de compréhension et de questionnement plus que bienvenu. Comme je le disais, c’est présenté avec un rédaction très accessible et agréable, sous forme d’essai et de questionnement, presque une discussion informelle, et c’est un format qui me semble parfaitement adapté à l’objectif. Je dirais que c’est donc un très bon support de prise de conscience et de discussion, dans la perspective de continuer à faire changer les choses en termes d’égalité femmes-hommes, en incluant tout le monde dans la discussion. (PS : Je sais bien que Daniel Welzer-Lang est attaqué sur certains de ses comportements, peut-être à raison, mais je ne crois pas que ça change l’intérêt de ce bouquin, pour le coup).

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100618_Nouvelles_heterosexualites

Autant “Nous, les mecs” est un essai informel sous forme de partage de questionnement, autant celui-ci, que j’avais lu juste avant, est plutôt une tentative d’inventaire dont l’usage semble particulièrement adapté à des professionnel-le-s (en tout cas, c’est en partie l’intention que j’y décèle). En effet, on procède ici à une sorte de panorama, assez exhaustif (oui, j’ai vraiment appris des choses) des pratiques relationnelles, amoureuses et sexuelles d’aujourd’hui, et ce dans un cadre hétérosexuel. Et c’est bien plus varié et questionnant que ce qu’on pourrait penser, d’autant que les typologies concernent aussi bien les modes de relations, de liens, de configuration, de rapport à la sexualité qu’aux sentiments. Ce qui donne donc bien une image diversifiée des hétérosexualités et de leurs mutations. En soi, c’est déjà très intéressant de prendre la mesure de toutes ces approches et des questionnements qu’il y a derrière. Mais ce n’est pas tout : le propos est aussi de montrer comment ces différentes formes sont, de manières plus ou moins construites et conscientisées, des modalités expérimentales de remise en cause du patriarcat et de la domination masculine (ne serait-ce qu’en remettant en cause le couple traditionnel). Et donc de légitimer ces formes, et l’expertise non-universitaire des personnes concernées, comme des objets sociaux et politiques, et comme des contributions à l’évolution de la société. J’ai trouvé très bienvenu et très riche le fait de replacer ces descriptions dans le cadre d’une réflexion politique, et de légitimer le savoir (auto-construit ou expérimental) des personnes concernées. L’ensemble oscille donc entre le descriptif et l’inscription dans des questionnements d’égalité et de déconstruction plus large, ce qui en fait une bonne approche synthétique, même si on aura potentiellement l’impression de survoler un peu rapidement certains aspects, selon ses intérêts propres.

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Michel Lalet est un des auteurs d’Abalone, ce qui pose une sorte de pedigree en tant qu’auteur de jeux, mais surtout il est depuis un moment agent pour des auteur-e-s, ce qui le met en position d’analyser et de comprendre leur démarche, leur style et leurs intentions. Il propose ici un plaidoyer extrêmement solide et argumenté sur la dimension artistique et créative de la création de jeu. C’est rare, en soi, mais c’est encore plus rare de trouver un discours aussi bien argumenté, fin et solide sur le sujet. Je dirais que c’est à mon sens le bouquin le plus important sur le sujet du jeu de société depuis Roger Caillois. Ce qui n’est pas rien. De fait, on n’en reste pas à la déclaration d’intentions, mais bien sur à la fois une analyse de là où en est aujourd’hui en termes de marché, de cadre juridique et de pratiques, et sur un décryptage argumenté de la dimension créative et artistique dans la création de jeu. Avec de nombreux exemples solides et pertinents, et avec des pistes de travail pour les années à venir. Parce que oui, c’est une première pierre, de grande qualité, pour ouvrir un débat qui m’importe, voire un champ de recherches et d’écriture. Il y a tellement plus à dire à partir des idées exposées là, tellement de travail de fond à faire pour revendiquer cette place en tant qu’objet culturel de plein droit, et tellement de travail de création à faire pour continuer à développer cette approche au-delà des contraintes de marché. Pour celles et ceux qui sont dans le jeu, et qui s’intéressent à la dimension créative et culturelle de la chose, c’est vraiment un livre essentiel et fondateur. Accessoirement, c’est agréable et rapide à lire.

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Un livre que j’ai donc suite à un article du figaro, c’est une vraie première, et je ne sais pas si ça se reproduira. Enfin, peut-être que si, à en juger par cette expérience là, parce que c’est vraiment un ouvrage intéressant. Mais pas facile. D’une part parce que Christopher Lasch n’écrit pas de manière particulièrement absconse mais enfin disons qu’il manie du concept et de la référence sans retenue et qu’il ne fait pas d’efforts trop marqués pour s’exprimer de manière simple. D’autre part parce que j’ai beaucoup de mal à trouver une cohérence à l’ensemble. J’ai plutôt l’impression d’une série d’articles de réflexions regroupés en un livre, certains connectés et d’autres pas tellement. Etant donné la densité des réflexions et des propos, ça n’aide pas à assimiler et à suivre un fil. Du coup, mieux vaut abandonner l’idée qu’on lit un essai et se laisser questionner chapitre par chapitre. Et il y a de quoi faire. C’est vraiment un bouquin dans lequel j’ai trouvé nombre de nouvelles idées et de nouvelles perspectives. C’est un auteur qui réfléchit, pour de vrai, et qui fait réfléchir. Qui plus est avec un positionnement politique assez hybride et pas tellement dogmatique. Plutôt anti-capitaliste, encore que, et plutôt conservateur, mais pas trop, avec des bouts d’autres choses. Ce qui m’a plutôt donné l’impression de quelqu’un qui réfléchit librement et en profondeur. Et donc, pour le contenu en deux mots : il y a effectivement des choses fortes et bien construites sur la démocratie, l’abandon des élites de cette dernière et une remise en lumière du populisme qui m’a beaucoup intrigué ; mais aussi des choses sur l’éducation, sur la religion et la psychanalyse, sur l’autonomie, l’aide sociale, et plein d’autres sujets. Je dirais donc que c’est un bon bouquin pour réfléchir et se faire un peu bousculer sur tous ces sujets, mais pas pour avoir un plaidoyer ou des explications.

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J’avais beaucoup aimé le Club des punks contre l’apocalypse zombie, je continue donc à explorer les écrits de Karim Berrouka. Ici, c’est donc un mélange entre roman noir, avec détective bourru et efficace inside, fées arrachées et passablement grossières et déconnades variées, notamment historiques. C’est donc plutôt plus construit que le Ckub des punks, en termes de récit, puisqu’il y a une enquête, des retournements de situation, de la politique, tout ce genre de choses. Bon, en termes de conclusion, ça partage le côté lacunaire et incomplet, mais c’est une choix qui génère une frustration somme toute gérable. Par contre, c’est thématiquement plus décousu et bordélique. Ce qui, sur une intention de ce type, ne me gène pas beaucoup, faut pas déconner, d’autant que tout se raccroche plutôt pas mal à l’enquête générale. Le fait est cependant que ça m’amuse moins que les punks et les zombies, et que les personnages sont de la même manière plus classique et donc moins attachants et moins marquants. Je dirais donc que c’est un très honnête roman, construit de manière compétente, et rempli de trucs rigolos et bordéliques, mais sans touchés à quoi que ce soit de vraiment exceptionnel ou très inattendu.

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Bon, le titre annonce la couleur, non ? Mais il n’annonce pas nécessairement à quel point c’est drôle. Et à quel point c’est référencé. De fait, Karim Berrouka est la chanteur de Ludwig 88, autant dire que question punks, il ne fait pas semblant de connaitre. Ce qui fait une partie du sel de ce roman, dans lequel on suit donc un groupe de punks (aux profils variés : punks drogués destroy, féministe anti-plein de choses, freegan, anarcho-maoiste et punks à chien forment la fine équipe d’un squat, une sorte de club des cinqs moderne donc) qui se trouvent parmi les rares survivants d’une apocalypse zombie, en plein Paris. Que faire face à une apocalypse zombie, quand on est une bande de punks : d’abord des conneries. Et de belles conneries, drôles et inattendues. Mais ce ne sera pas tout, puisque des visions d’anges tout aussi destroy et décalés qu’on pourrait imaginer, vont s’en méler. Puis les survivants du Medef. Et, je le redis, c’est vraiment drôle dans le n’importe quoi qui n’en est pas complètement. Avec une belle fin à la con. Une fin de punks, quoi. S’y ajoute le fait que Karim Berrouka écrit vraiment très bien. Dans un style assez parlé et plein de commentaires, mais j’ai vraiment beaucoup apprécié. Le fond autant que la forme donc. Si vous appréciez le n’importe quoi bien tourné et drôle, et que vous avez en plus au moins des petits bouts de culture punk ou assimilée, c’est vraiment une lecture qui vous fera passer une très bon moment.

 

030518_Desproges_PerrineIl y a eu, depuis sa mort, beaucoup de manières de retrouver Desproges, et rares ont été celles qui ont été satisfaisantes. Je pense en particulier aux livres d’hommage regroupant des textes et commentaires de personnes n’ayant finalement pas grand chose à dire de plus que “Je le connais bien, je lui ai touché la main” ; ou, pire, aux multiples reprises de ses textes mal jouées et mal dites par des acteurs et actrices variées. Ici, fort heureusement, il s’agit de tout autre chose, puisque c’est sa fille qui est à l’écriture et à la compilation, et qu’elle propose un portrait, en 300 et quelques pages, fin, riche et réussi. Un portrait à la fois professionnel, avec de nombreux textes, notes et autres éléments peu ou pas connus (enfin, il y a bien quelques classiques, mais ils sont à leur place) ; et personnel, avec des archives privées et des récits plus intimes (mais pas trop intimes non plus, on retrouve complètement la retenue et la distance qu’aurait pu avoir Desproges et c’est bien plaisant). Les illustrations et textes sont chouettes et variées. Et puis, surtout, les textes sont parfaits. C’est de l’orfèvrerie : des extraits d’interviews et de textes de Desproges tissés avec de petits rajouts pour leur donner une unité et une fluidité. Du coup, on a finalement plus l’impression de lire Desproges qu’un ouvrage le concernant. Et c’est du coup un pur plaisir que d’avoir aussi bien l’impression d’être en accord avec ce que Desproges aurait fait lui-même tout en en découvrant autant. De mon point de vue, c’est vraiment un sans faute. Et il y a de quoi s’occuper un bon moment, ce n’est pas un petit volume. Et c’est qui plus est assez dense. Donc, oui, si vous aimez Desproges, vous pouvez foncer sans la moindre hésitation.