150118_Paying_world_Peterson

J’ai déjà lu deux-trois bouquins sur l’histoire de jeux, et en particulier sur l’histoire du jeu de rôle et de Donjons et dragons, mais là, vraiment, je suis très impressionné. De fait, c’est un vrai travail d’historien, détaillé, documenté, et qui se donne comme champ d’investigation bien plus que ce que font la totalité des autres livres que j’ai lu sur le sujet. En effet, on commence par une première approche chronologique des milieux du wargame aux Etats-unis dans les années 70, en particulier autour de Lake Geneva bien sur, jusqu’à la naissance de D&D. Et cette approche, comme le reste du livre, est documenté de manière détaillée, avec un sérieux dans la recherche impressionnant, autant à partir de fanzine, d’interviews, de documents légaux que de correspondances et de publications. Autant dire que pour une fois, on ne se base pas sur les souvenirs plus ou moins réinterprétés des personnes concernées, mais on les interroge au vu des preuves historiques. Rien que ça, c’est intéressant. Mais ensuite, ça le devient encore plus puisqu’on va explorer de manière détaillée les éléments culturels qui ont amené à cette invention : l’histoire du wargame moderne, en commençant en Prusse ; l’histoire de la littérature fantastique, en commençant aux sources mythologiques et aux auteurs anglais ; et l’histoire des formes culturelles immersives, bref de la partie jouer un rôle. Et ces trois longues parties sont passionnantes et foisonnantes. Quand je dis que je suis impressionné, je n’exagère pas, et j’ai vraiment appris beaucoup de choses. On conclut ensuite avec un nouveau chapitre chronologique sur les premières années après la première édition, puis sur une ouverture sur toutes les formes qui en sont nées et celles à venir. C’est certes un bouquin épais, dense et long à lire (avec des centaines et des centaines de notes de bas de pages, ainsi qu’une bibliographie inégalée), donc plutôt destiné à des passionnés qui veulent aller en profondeur. Mais pour le coup, c’est très loin au-dessus de tout ce que je connais dans le domaine.

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150118_DODO

Voilà un Neal Stephenson étonnant, ce qui s’explique en partie parce que c’est une collaboration avec Nicole Galland et qu’on sent bien les influences des deux auteur-e-s. Et pour le coup, le mélange prend bien, en ce sens que ça ne donne pas des parties séparées ou des styles en conflit, mais bien un intermédiaire. On retrouve donc certains aspects classiques de Stephenson, avec un scénario de grande ampleur, et en particulier des passages par de nombreuses périodes historiques. Mais c’est moins documenté, moins dense, et du coup, aussi, moins austère et moins abscons qu’il ne peut l’être parfois (même si, à titre personnel, j’adore ça, je dois bien reconnaitre qu’il n’est pas toujours d’un accès confortable). Et, grâce à cette nouvelle légèreté, c’est aussi largement plus drôle, plus varié, et avec plus de personnages et d’enjeux relationnels. Enfin, relationnels… disons qu’il y a beaucoup de dimensions très drôles mais très critiques du fonctionnement institutionnel (universitaire notamment, mais globalement bureaucratique en général, notamment dans ses versions de management moderne). Une vraie dimension satirique donc. Ce qui fait un très bon livre, distrayant, plein de surprises et des chouettes idées. Mais si je trouve ça bon, je ne trouve pas ça aussi enthousiasmant que d’autres Stephenson. En particulier parce que j’ai trouvé ça un peu lent comme rythme. L’impression donnée est qu’au final, c’est presque entièrement un tome de mise en place, avant d’arriver à des suites qui me feraient à la limite plus envie. Ce qui pourrait bien être le cas, au vu de la manière dont ça se finit.

150118_#Feminism

#Feminism est un ouvrage collectif, et même une compilation, de propositions de jeux autour des questions féministes. De mini-jeux plus exactement puisque l’objectif est qu’ils se jouent globalement en une heure maximum. Et, plus exactement, de jeux de rôle. Enfin, au sens large de jeux de rôle puisque si effectivement il s’agit de jouer des rôles et d’improviser, on est par contre assez loin des formats standard du JdR. En particulier parce qu’il y a très peu de règles, mais aussi parce que les dynamiques proposées sont très variées et parfois, à mon sens, plus proche de certains jeux de société. Mais, foin de pinaillage, ce n’est pas ça qui est le plus intéressant. Enfin, ça reste intéressant parce qu’il y a là, dans les formes même, une variété réjouissante, qui m’a donné envie de ré-interroger tout ce qu’on peut faire à partir de ces principes de jeu. Mais le plus intéressant est bien sur le thème général, que chaque jeu va décliner différemment, avec 9 thématiques regroupant chacune trois ou quatre jeux. En effet, chaque mode de jeu est une manière d’explorer des questions de sexe, de genre, et de pouvoir. De féminisme, donc. En allant dans des choses très légères, mais aussi très lourdes, selon. Avec à chaque fois l’idée de faire un temps de jeu puis un temps de débriefing. En ce sens là, ce sont aussi potentiellement de très intéressants outils d’animation (pour peu qu’on dispose d’un groupe prêt à se laisser entrainer dans ce format de jeu). Avec une trentaine de propositions, c’est très riche, et tout ne parlera pas à tout le monde, mais c’est bien le principe. J’y ai trouvé des idées vraiment chouettes et étonnantes, et je pense qu’il y a vraiment de belles choses à faire avec tout ça. Vraiment une belle démarche, et plein de très bonnes idées, dont chacun-e pourra s’inspirer, directement ou non, pour s’amuser, pour échanger ou pour réfléchir.

150118_Entrainement_mental

L’entrainement mental, c’est une méthode développée par Peuple et Culture (et en particulier Joffre Dumazedier) pour donner à l’éducation populaire un outil très adaptable d’analyse et de mise en action fortement ancré dans des exigences éthiques. Dis comme ça, ça fait un peu peur, je vous l’accorde. Au final, c’est vraiment une approche très souple et très riche, et je vous recommande d’y jeter un oeil, ou mieux, de tester. Cet ouvrage collectif d’animatrices et d’animateurs de cette méthode propose beaucoup de choses qui vous parlerons différemment selon ce que vous y cherchez. En premier lieu, j’y ai trouvé non pas un guide d’utilisation, mais des commentaires, rappels et réflexions sur la méthode elle-même, et ses logiques et enjeux, que j’ai appréciés. Sur son histoire, aussi, et pourquoi elle porte ce nom aujourd’hui étonnant. Certes, c’est moins simple d’approche que des écrits destinés à apprendre la méthode elle-même, mais ça donne de toutes autres perspectives, et ça rappelle l’importance de se saisir de la méthode et de l’adapter, même si certain-e-s en ont fait quelque chose de très élaboré et transmis de manière très organisée et stricte. D’autre part, on y trouve de nombreux témoignages d’utilisations variées et des résultats et difficultés liées. C’est une partie que j’ai trouvée plus inégale, avec des témoignages passionnants et d’autres résumant trop rapidement et manquant du coup de clarté. Enfin, on y trouve un lexiques et des réflexions ouvrant plus largement sur les usages d’éducation populaire et les outils de réflexion et d’émancipation. En ce qui me concerne, c’est un ouvrage qui m’a enrichi et donné à réfléchir, mais que j’ai trouvé un peu inégal et que je ne recommande pas forcément pour commencer, en tout cas pas en entier.

Egologie, de Aude Vidal.

décembre 14, 2017

141217_Egologie

Un tout petit livre, dans la même série que “L’amour à trois”, dont je vous avait parlé. Un tout petit livre qui s’attaque à de grosses questions, puisque le propos concerne l’écologie, et plus particulièrement les mouvements écolos actuels et leur positionnement idéologique et politique. Plus précisément, la question de l’égoïsme dans ce cadre-là, de la manière dont la lecture de ces problématiques peut se faire entièrement dans une logique très libéral de priorité donnée au bien-être et à la satisfaction individuelle. Pour résumer : ça tape exactement là où ça fait mal, avec une pertinence et une efficacité remarquable. Certes, un minimum de bagage politique est sans doute nécessaire pour réussir à profiter pleinement de tout ce qui est impliqué. Mais je pense que c’est très lisible même sans, d’autant que c’est court et d’une écriture rapide et efficace. Pour tout dire, je suis franchement admiratif de l’efficacité d’un si petit volume, d’autant plus que le propos est à mon sens essentiel. En bonus, c’est souvent assez drôle, et les petites illustrations de colibris m’ont vraiment fait rire. Je conseille donc fortement la lecture de ce tout petit ouvrage si vous vous posez des questions politiques un peu radicales et si la question écologique vous semble importante. Et si vous êtes prêt-e à vous faire bousculer un peu, aussi.

141217_Demoule

(Je vais hyper bien me retenir en écrivant, mais je dois avouer que j’ai rigolé comme un gamin de huit ans pendant toute la lecture juste du nom de l’auteur. Bref, y a pas de quoi être fier, passons.) La vulgarisation scientifique est un exercice souvent difficile, en particulier pour des chercheurs très spécialisés. Parce que ce n’est pas facile de rendre compte de manière compréhensible et fluide de contenus pointus et complexes. Et là, je dis bravo à l’auteur de cette synthèse sur la période néolithique : c’est exceptionnellement accessible et agréable à lire. Vraiment, c’est fluide, vivant, drôle souvent, c’est un plaisir. Et, qui plus est, le contenu est absolument passionnant. Le parti-pris est d’interroger les connaissances archéologiques les plus actuelles sur le néolithique pour répondre à des questions très larges et avec beaucoup d’enjeux : sur l’apparition des cités, des rois et des pouvoirs centralisés, de la domination masculine, des religions organisées… bref, de tout un tas de choses qui font le socle de nos sociétés contemporaines et qui sont apparues pendant cette période longue et méconnue. Et si on n’arrive pas forcément à des réponses définitives et indiscutables, ce qui serait par ailleurs suspects, les théories avancées sont convaincantes et très éclairantes sur de nombreux points. Pour finir, et ce n’est pas anecdotique étant donné les questions abordés, qui ont une dimension politique majeure, Jean-Paul Demoule assume un positionnement politisé franc et honnête. C’est rare dans ce genre d’ouvrages. Tout au moins, il est rare que ce soit assumé et rendu visible. Et ça ne fait du coup que renforcer le propos. Un livre brillant, du coup, accessible et passionnant, et qui se permet qui plus est de soulever des questions en soulignant leur importance et leur dimension politique. Vous pouvez y aller, c’est du bon.

141217_The_Many_Deaths_of_the_Black_Company

Bon, on ne peut pas dire que ce soit vraiment la fin de la Compagnie Noire, parce qu’il y a moyen que ça continue, mais c’est en tout cas, comme le titre l’indique, un certain nombre de fins. Et, en ce qui me concerne, une vraie clôture pour l’essentiel de ce long cycle. On y retrouve la même qualité d’écriture et la même variété de personnages que dans les précédents, en en rajoutant, mais pas trop, ce qui permet d’ailleurs de boucler certaines choses et tant mieux. Ce sont à nouveau deux tomes avec beaucoup de déplacements, de va-et-vient, et d’aller-retours, ce qui m’a parfois donné l’impression que ça n’avançait pas tellement vite. Du coup, j’ai un peu trainé pour finir, et je dirais qu’en termes de rythme, ce ne sont vraiment pas les meilleurs. Mais quand on en arrive à ces deux derniers tomes, de toutes façons, on est déjà dedans jusqu’au cou donc ça ne va pas nous arrêter. Et, pour le coup, il y a une chose qui rend l’ensemble satisfaisant malgré le rythme : on arrive à une vraie fin, bien tournée, bien bouclée, pour un grand nombre de personnages et d’intrigues. Et ça, ça fait franchement plaisir, depuis le temps. Je ne sais pas si je me lancerais dans la suite quand elle existera, mais je suis content de l’ensemble de ce cycle, même si je ne conseille de dépasser la première trilogie qu’à celles et ceux qui aiment quand ça dure et ça délaie.

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