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J’ai déjà lu deux-trois bouquins sur l’histoire de jeux, et en particulier sur l’histoire du jeu de rôle et de Donjons et dragons, mais là, vraiment, je suis très impressionné. De fait, c’est un vrai travail d’historien, détaillé, documenté, et qui se donne comme champ d’investigation bien plus que ce que font la totalité des autres livres que j’ai lu sur le sujet. En effet, on commence par une première approche chronologique des milieux du wargame aux Etats-unis dans les années 70, en particulier autour de Lake Geneva bien sur, jusqu’à la naissance de D&D. Et cette approche, comme le reste du livre, est documenté de manière détaillée, avec un sérieux dans la recherche impressionnant, autant à partir de fanzine, d’interviews, de documents légaux que de correspondances et de publications. Autant dire que pour une fois, on ne se base pas sur les souvenirs plus ou moins réinterprétés des personnes concernées, mais on les interroge au vu des preuves historiques. Rien que ça, c’est intéressant. Mais ensuite, ça le devient encore plus puisqu’on va explorer de manière détaillée les éléments culturels qui ont amené à cette invention : l’histoire du wargame moderne, en commençant en Prusse ; l’histoire de la littérature fantastique, en commençant aux sources mythologiques et aux auteurs anglais ; et l’histoire des formes culturelles immersives, bref de la partie jouer un rôle. Et ces trois longues parties sont passionnantes et foisonnantes. Quand je dis que je suis impressionné, je n’exagère pas, et j’ai vraiment appris beaucoup de choses. On conclut ensuite avec un nouveau chapitre chronologique sur les premières années après la première édition, puis sur une ouverture sur toutes les formes qui en sont nées et celles à venir. C’est certes un bouquin épais, dense et long à lire (avec des centaines et des centaines de notes de bas de pages, ainsi qu’une bibliographie inégalée), donc plutôt destiné à des passionnés qui veulent aller en profondeur. Mais pour le coup, c’est très loin au-dessus de tout ce que je connais dans le domaine.

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Best-of 2017

janvier 15, 2018

Dans la catégorie qui change la vie

https://sebchro.wordpress.com/2017/08/24/come-as-you-are-de-emily-nagoski/

 

Dans la catégorie boulot, mais avec plaisir et passion

https://sebchro.wordpress.com/2017/12/14/egologie-de-aude-vidal/

https://sebchro.wordpress.com/2017/11/07/les-classes-sociales-en-europe-de-cedric-hugree-etienne-penissat-et-alexis-spire/

https://sebchro.wordpress.com/2017/04/23/the-spirit-level-de-richard-wilkinson-et-kate-pickett/

 

Dans la catégorie magnifique n’importe quoi

https://sebchro.wordpress.com/2017/11/07/rick-and-morty-saisons-1-3/

https://sebchro.wordpress.com/2017/01/03/dirk-gentlys-holistic-detective-agency-de-max-landis/

 

Dans la catégorie regonflage de batteries et de sourire

https://sebchro.wordpress.com/2017/08/23/sidi-wacho-libre/

 

Dans la catégorie prenante et qui remue là où on ne l’attend pas

https://sebchro.wordpress.com/2017/04/23/the-steel-remains-the-cold-commands-the-dark-defiles-de-richard-morgan/

 

Dans la catégorie succès assuré pour tous les publics

https://sebchro.wordpress.com/2017/07/15/profiler-de-romaric-galonnier/

 

Dans la catégorie on a pas fini de se faire plaisir en y retournant

https://sebchro.wordpress.com/2017/04/23/cosy-corner-3-place-du-petit-college-69005-lyon/

 

Egologie, de Aude Vidal.

décembre 14, 2017

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Un tout petit livre, dans la même série que “L’amour à trois”, dont je vous avait parlé. Un tout petit livre qui s’attaque à de grosses questions, puisque le propos concerne l’écologie, et plus particulièrement les mouvements écolos actuels et leur positionnement idéologique et politique. Plus précisément, la question de l’égoïsme dans ce cadre-là, de la manière dont la lecture de ces problématiques peut se faire entièrement dans une logique très libéral de priorité donnée au bien-être et à la satisfaction individuelle. Pour résumer : ça tape exactement là où ça fait mal, avec une pertinence et une efficacité remarquable. Certes, un minimum de bagage politique est sans doute nécessaire pour réussir à profiter pleinement de tout ce qui est impliqué. Mais je pense que c’est très lisible même sans, d’autant que c’est court et d’une écriture rapide et efficace. Pour tout dire, je suis franchement admiratif de l’efficacité d’un si petit volume, d’autant plus que le propos est à mon sens essentiel. En bonus, c’est souvent assez drôle, et les petites illustrations de colibris m’ont vraiment fait rire. Je conseille donc fortement la lecture de ce tout petit ouvrage si vous vous posez des questions politiques un peu radicales et si la question écologique vous semble importante. Et si vous êtes prêt-e à vous faire bousculer un peu, aussi.

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(Je vais hyper bien me retenir en écrivant, mais je dois avouer que j’ai rigolé comme un gamin de huit ans pendant toute la lecture juste du nom de l’auteur. Bref, y a pas de quoi être fier, passons.) La vulgarisation scientifique est un exercice souvent difficile, en particulier pour des chercheurs très spécialisés. Parce que ce n’est pas facile de rendre compte de manière compréhensible et fluide de contenus pointus et complexes. Et là, je dis bravo à l’auteur de cette synthèse sur la période néolithique : c’est exceptionnellement accessible et agréable à lire. Vraiment, c’est fluide, vivant, drôle souvent, c’est un plaisir. Et, qui plus est, le contenu est absolument passionnant. Le parti-pris est d’interroger les connaissances archéologiques les plus actuelles sur le néolithique pour répondre à des questions très larges et avec beaucoup d’enjeux : sur l’apparition des cités, des rois et des pouvoirs centralisés, de la domination masculine, des religions organisées… bref, de tout un tas de choses qui font le socle de nos sociétés contemporaines et qui sont apparues pendant cette période longue et méconnue. Et si on n’arrive pas forcément à des réponses définitives et indiscutables, ce qui serait par ailleurs suspects, les théories avancées sont convaincantes et très éclairantes sur de nombreux points. Pour finir, et ce n’est pas anecdotique étant donné les questions abordés, qui ont une dimension politique majeure, Jean-Paul Demoule assume un positionnement politisé franc et honnête. C’est rare dans ce genre d’ouvrages. Tout au moins, il est rare que ce soit assumé et rendu visible. Et ça ne fait du coup que renforcer le propos. Un livre brillant, du coup, accessible et passionnant, et qui se permet qui plus est de soulever des questions en soulignant leur importance et leur dimension politique. Vous pouvez y aller, c’est du bon.

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Si le contexte de cette trilogie (qui devient ensuite une série un peu fleuve) peut sembler au départ assez classique en termes de Fantasy, c’est en fait une impression assez trompeuse. D’une part parce que les intrigues relèvent largement plus de l’enquête, et surtout de la maneuvre politique que de quêtes héroïques ou d’opération de sauvetage du monde. D’autre part parce que l’échelle de narration est au niveau individuel, et d’individus pleins de doutes, d’humanité, et donc de difficultés, voire de traumas à faire face à un monde dans lequel ça bastonne, ça trucide, et éventuellement, au loin, ça fait de la magie du genre à réduire des populations à néant dans d’atroces souffrances. Ce qui est du coup un prisme que je trouve particulièrement intéressant pour explorer un monde de fantasy, d’autant plus en suivant les aventures d’une troupe de mercenaires qui n’ont pas non plus envie de n’être que de méchants, juste de survivre. De fait, les personnages sont très humains, on ne tombe pas dans le stéréotype héroïque, ni chez les gentils, ni au final, et c’est une bonne surprise, chez les méchants. Et on s’attache donc grandement aux personnages en question, qui ont de la profondeur et une réalité rare dans ce type d’univers. Au-delà de cette question de traitement, les scénarios sont très élaborés, riches et malins, avec moults rebondissements et finesses. Et l’écriture est vivante, agréable et pleine d’humour. Du coup, oui, j’aime vraiment beaucoup. En particulier, cette première trilogie (ici en un time, mais en trois volumes de poches français facilement trouvables également) constitue une unité scénaristique très cohérente, avec une belle conclusion (qui ouvre certes sur des suites, mais il y a une vraie césure) à tous points de vue.

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Et voilà, nous y sommes : le grand retour de Loïc Lantoine. Cette chronique ne sera donc pas du tout objective, je suis toujours complètement fan. Loïc Lantoine s’est allié à un grand orchestre de jazz (dix-huit musicien-ne-s tout de même, déjanté-e-s bien comme il faut) pour ce nouvel album (et cette nouvelle tournée puisque nous avons eu la chance de les voir en concert de sortie de résidence). Autant dire que musicalement, ça change un peu de style. Non, ça change beaucoup de style. Mais ce n’est pas la première fois, et de mon point de vue, ça fonctionne aussi bien, voire mieux que la version plus rock. Dans ce double album, on trouve donc un CD de nouvelles chansons, un tout petit peu plus chantées, mais pas trop quand même, et un CD de chansons précédentes remises en musique avec ce nouveau groupe. Dans les deux cas, ça marche très bien. Les nouvelles chansons sont excellentes, avec toujours des textes superbement poétiques sans jamais se la raconter, et des musiques variées, qui partent dans tous les sens et qui ont la patate. Et les anciennes chansons trouvent une nouvelle jeunesse et une nouvelle énergie sans rien perdre de leur qualité. Il y a donc de quoi rire, de quoi pleurer, de quoi être en colère et de quoi se reposer, une fois de plus. Je vous conseille donc bien évidemment ce double CD, mais je vous conseille aussi très fort de les voir en concert, avec dix-neuf personnes sur scène, ça envoie, et dans notre cas ça a duré deux heures et demi de bonheur et de n’importe quoi 🙂

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The spirit level est sans doute un des livres les plus importants que j’ai lu jusqu’à aujourd’hui, toutes catégories confondues. Et je signale tout de suite qu’il existe également en français sous le titre “Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous”, donc il n’y a pas de raisons de vous priver. Le titre français résume d’ailleurs assez bien le coeur du propos. Mais ce n’est pas un propos idéologique ou politique au sens restreint, mais bien un propos scientifique. Et de grande ampleur. En effet, Wilkinson et Pickett rendent là compte d’un travail d’une ampleur considérable puisqu’il concerne un échantillon représentatif des pays riches de la planète (ce qui permet de distinguer les effets de l’inégalité indépendamment de l’impact de l’accès aux besoins minimaux, mais les résultats s’appliquent plus largement qu’à seulement ces pays). Et pour ces pays, ils montrent, à l’aide de données en béton et sur de larges échantillons et périodes, que l’inégalité de revenus à des impacts considérables et assez indiscutables sur la santé, l’espérance de vie, les niveaux de confiance et de violence au sein d’une société, de drogues, la capacité à faire face au changement climatique également (je ne le détaille pas ici, mais c’est marquant et vital), etc. Et que l’égalité permet des sociétés fonctionnant mieux à tous points de vue. Et pour tous, notamment pour les plus favorisé-e-s, mais bien sur plus directement et fortement pour les moins favorisé-e-s. Les données sont comme je le disais, inattaquables et les conclusions également solides. Ce qui fait plaisir, quand on a toujours pensé que l’égalité devait être une priorité, mais surtout qui donne des arguments de poids pour l’argumenter et se remotiver autour de cette priorité politique. Et la bonne nouvelle, c’est que quelques soient les moyens pour arriver à plus d’égalité (et différents pays y arrivent par différents moyens, même aujourd’hui, le Japon et les pays scandinaves obtenant des résultats également bons avec des leviers très différents), les bénéfices sont sensiblement les mêmes et ils sont bien plus importants que toutes les politiques ponctuelles et spécifiques pour améliorer l’un ou l’autre des enjeux en question. Comme le sont parfois de grandes avancées scientifiques, les conclusions peuvent sembler relever du sens commun. Mais elles sont là ancrées dans des années de recherche et un nombre de travaux (avec un pannel international dépassant très largement le travail de Wilkinson et Pickett) considérable les validant. C’est du coup un livre qui redonne énormément d’espoir quand au fait de pouvoir faire avancer les choses dans le bon sens, et que je considère comme franchement incontournable.

Pour pouvoir permettre une diffusion la plus large possible de ces résultats, Richard Wilkinson et Kate Pickett ont donné beaucoup de conférences mais ont également mis en place une structure non-lucrative diffusant des supports pédagogiques et des compléments à leur livre. Pour commencer à faire boule de neige, je vous le mets là mais je compte bien en faire d’autres choses dans le futur :

https://www.equalitytrust.org.uk/

Et la version du livre en français :

https://www.amazon.fr/Pourquoi-l%C3%A9galit%C3%A9-meilleure-pour-tous/dp/2363831012/