020418_Walkaway

Cory Doctorow est un romancier qui se bonifie avec l’âge. Nettement. Pour tout dire, ce roman me fait l’impression d’un aboutissement dans ce qu’il a écrit jusque là, voire d’une oeuvre majeure, sans vouloir sembler en faire des caisses. Avec toujours cet équilibre entre une vraie histoire, avec de vraies personnages, et un propos de fond réellement politique (au sens large, et en particulier sur l’anticipation des impacts des technologies et des changements de culture et de société). Equilibre ici parfaitement respecté, et fonctionnant très bien, alors qu’il y a assez de contenu et de réflexions pour un essai largement respectable. Le fait que les enjeux de scénario et leurs résolutions se jouent sur le terrain de la pensée et de la discussion, et pas sur le terrain de l’action et du gros flingue, permet ceci, et d’une très belle manière. Le tout se déroule dans une futur pas si lointain, où nos sociétés capitalistes ont simplement abouti à une forme qu’un voit déjà poindre, avec des utlra-riches possédant tout, et le reste de la population leur étant inféodée. Mais la technologie ayant un poil avancé, et pas tant que ça finalement, il est envisageable de quitter la société, et de vivre en marge tout en vivant dans l’abondance (globalement, accès à toutes les données techniques, plus ou moins comme maintenant, et accès à des technologies de type imprimantes 3D un poil plus avancées notamment sur des questions de chimie, médicaments, etc). Les personnes qui font ce choix sont des walkaways et tentent de créer, par l’expérimentation, une, voire des, formes de sociétés nouvelles et meilleurs, des sociétés de l’abondance et pas de la rareté. Ce qui, quand ça fonctionne, est passablement mal vu des ultra-riches. Voilà le contexte, et le propos central. Sachant qu’il est traité de manière, comme je le disais, documentée, pensée et argumentée, ce qui le rend passionnant et enthousiasmant. Et qu’il est traité dans un vrai roman, avec des personnages, des rebondissements, de l’émotion (des larmes notamment, mais pas que). A la fois roman poignant, plaidoyer pour une autre société et presque mode d’emploi sur certains aspects, c’est une totale réussite de mon point de vue, et à ce jour, l’oeuvre de référence de Cory Doctorow (que j’aimais déjà beaucoup beaucoup avant).

Publicités

240218_Norse_Gaiman

Un corpus : la mythologie scandinave (viking, de fait). Un auteur : Neil Gaiman. On savait, pour celles et ceux qui le pratiquent, le goût et l’érudition de Gaiman pour la mythologie en général et celle-ci en particulier. Rien de surprenant à cette association donc. La démarche peut l’être plus puisqu’il s’agit simplement pour Gaiman de raconter une série de récits centraux des mythes vikings. Sans y ajouter ou broder dessus des histoires supplémentaires, ni même d’ailleurs des transitions qui feraient de ce recueil de fragments un tout unifié et linéaire. On reste dans ce qui est connu historiquement : des récits épars qui ne sont qu’une toute petite part de ce que devait être l’ensemble de ce corpus mythologique. Gaiman fait donc uniquement un travail de conteur, un travail d’écriture, et pas un travail de scénariste ou d’auteur. Ce qui permet de se rendre compte à quel point il est bon. Sans déconner, c’en est intimidant. De facilité, de légèreté et de clarté. C’est maitrisé sans donner l’impression d’un quelconque effort. Ce qui est donc délicieux à lire, et qui met en lumière la qualité, la variété et l’humour, aussi, de cette mythologie qu’on croit parfois austère et sans surprises. Elle est au contraire pleine de surprises, et finalement aussi familière qu’exotique, tant on en connait des morceaux tout en étant surpris de ce qu’elle raconte et de la manière dont elle dépeint le monde. Je n’imagine pas de meilleure manière de découvrir ou de redécouvrir ce corpus qu’avec ce recueil. Accessoirement, les récits sont courts, et la langue est facile, pour celles et ceux qui voudraient se confronter à la version anglaise (ce qui, dans ce cas, me semble hautement recommandable). Dernier point, accessoire mais très agréable en ce qui me concerne : c’est une très belle édition, même en softcover, ce qui est fait un beau livre à tous points de vue.

240218_Subnautica

Oui, je vous avais déjà parlé de Subnautica, auquel j’avais joué dans une version pas finie il y a environ un an. La version finale étant sortie il y a quelques semaines, je m’y suis remis, et j’ai trouvé ça tellement bien que du coup, je vais vous en reparler un peu. Subnautica est donc un jeu vidéo, de survie et d’exploration. Après le crash de votre vaisseau spatial sur une planète entièrement recouverte d’océan, vous devez vous débrouiller pour survivre, et surtout pour explorer afin de trouver les moyens de construire de quoi survivre et explorer mieux, découvrir les secrets de cette planète et, enfin, en partir. L’aspect survie (gestion de la bouffe et de la boisson notamment) m’avait amusé la première fois, mais je l’avais trouvé répétitif sur la longueur, et freinant l’exploration. J’ai donc cette fois choisi l’option de ne pas avoir à gérer ces deux paramètres pour me concentrer sur le reste (accessoirement, je pense que des options nouvelles rendent ça moins répétitif dans cette version). Exploration donc, de fonds sous-marins, d’aliens, de choses étranges et d’environnements magnifiques. En flippants. Parce que c’est un jeu tranquille, dans lequel on ne se bat pas, mais c’est un jeu qui fait peur, avec des animaux étranges qui parfois sont dangereux, des profondeurs abyssales, et des grottes labyrinthiques dans lesquelles se perdre. En termes d’immersion, ça marche en ce qui me concerne magnifiquement. J’ai peur, je suis fasciné, et j’adore ça (alors que les ressorts de jeux d’horreur avec monstres me gonflent). Et la partie exploration est merveilleuse, avec des créatures étranges et pleines de surprises, des lieux superbes et bizarres et une progression très agréable au milieu de tout ça. C’est ce qui a finalement été le plus amélioré dans cette version finalisée : la manière dont le jeu vous accompagne et vous évite d’errer trop longtemps (sauf par choix). C’est accessoirement un jeu pas si facile, mais qui n’est pas du tout punitif. Et il y a même de vrais moments d’humour, même si ce n’est pas le fond de commerce. Non, vraiment, c’est mon gros coup de coeur du moment, et il se trouve que la fin est aussi jolie et satisfaisante que ce que j’espérais.

240218_Subnautica2

240218_Pacifisticuffs

Il y a eu un certain délai depuis le dernier album de Diablo Swing Orchestra, dont je rappelle en passant qu’il était splendide. De fait, le groupe a changé de chanteuse, ce qui ne se fait pas en un jour. Et, ce changement effectué, ils ont composé un nouvel album qui est… mieux que le précédent ? J’hésite, mais je ne suis pas loin de le penser. On retrouve la “formule” de DIablo Swing Orchestra, c’est à dire une base de rock qui fait du bruit (et même de métal, mais c’est trompeur vu le mélange d’ensemble), des cuivres variés alternant entre des moments jazz, des moments fanfare et des tas d’autres variations que je n’identifie pas bien, du violon couvrant là encore une vaste gamme de styles, un chanteur assez rock, et une chanteuse qui était jusque là dans un style et une voix très lyrique. C’est un petit peu moins le cas avec cette nouvelle chanteuse, puisqu’elle a une voix moins claire, et un style de chant moins lyrique avec moins d’envolées. Mais, du coup, elle a aussi une voix que je trouve beaucoup plus expressive et des registres de chant plus diversifiés. Au final, je la trouve beaucoup plus touchante et enthousiasmante. Ce qui est mon sentiment global pour cet album, j’y retrouve l’énergie énorme des précédents, les mélodies variées et prenantes, de belles paroles, mais là, encore plus de registres musicaux différents, de finesses et de variations, et surtout plus de morceaux et de passages que je trouve profondément touchants et émouvants. Donc, oui, c’est un album magnifique, leur meilleur à mon sens. Si vous aimez la musique qui fait du bruit, mais que vous préférez les mélodies et les styles variés, les mélanges inattendus et efficace, il ne faut vraiment pas rater Diablo Swing Orchestra, c’est unique et magistral.

150118_Paying_world_Peterson

J’ai déjà lu deux-trois bouquins sur l’histoire de jeux, et en particulier sur l’histoire du jeu de rôle et de Donjons et dragons, mais là, vraiment, je suis très impressionné. De fait, c’est un vrai travail d’historien, détaillé, documenté, et qui se donne comme champ d’investigation bien plus que ce que font la totalité des autres livres que j’ai lu sur le sujet. En effet, on commence par une première approche chronologique des milieux du wargame aux Etats-unis dans les années 70, en particulier autour de Lake Geneva bien sur, jusqu’à la naissance de D&D. Et cette approche, comme le reste du livre, est documenté de manière détaillée, avec un sérieux dans la recherche impressionnant, autant à partir de fanzine, d’interviews, de documents légaux que de correspondances et de publications. Autant dire que pour une fois, on ne se base pas sur les souvenirs plus ou moins réinterprétés des personnes concernées, mais on les interroge au vu des preuves historiques. Rien que ça, c’est intéressant. Mais ensuite, ça le devient encore plus puisqu’on va explorer de manière détaillée les éléments culturels qui ont amené à cette invention : l’histoire du wargame moderne, en commençant en Prusse ; l’histoire de la littérature fantastique, en commençant aux sources mythologiques et aux auteurs anglais ; et l’histoire des formes culturelles immersives, bref de la partie jouer un rôle. Et ces trois longues parties sont passionnantes et foisonnantes. Quand je dis que je suis impressionné, je n’exagère pas, et j’ai vraiment appris beaucoup de choses. On conclut ensuite avec un nouveau chapitre chronologique sur les premières années après la première édition, puis sur une ouverture sur toutes les formes qui en sont nées et celles à venir. C’est certes un bouquin épais, dense et long à lire (avec des centaines et des centaines de notes de bas de pages, ainsi qu’une bibliographie inégalée), donc plutôt destiné à des passionnés qui veulent aller en profondeur. Mais pour le coup, c’est très loin au-dessus de tout ce que je connais dans le domaine.

Best-of 2017

janvier 15, 2018

Dans la catégorie qui change la vie

https://sebchro.wordpress.com/2017/08/24/come-as-you-are-de-emily-nagoski/

 

Dans la catégorie boulot, mais avec plaisir et passion

https://sebchro.wordpress.com/2017/12/14/egologie-de-aude-vidal/

https://sebchro.wordpress.com/2017/11/07/les-classes-sociales-en-europe-de-cedric-hugree-etienne-penissat-et-alexis-spire/

https://sebchro.wordpress.com/2017/04/23/the-spirit-level-de-richard-wilkinson-et-kate-pickett/

 

Dans la catégorie magnifique n’importe quoi

https://sebchro.wordpress.com/2017/11/07/rick-and-morty-saisons-1-3/

https://sebchro.wordpress.com/2017/01/03/dirk-gentlys-holistic-detective-agency-de-max-landis/

 

Dans la catégorie regonflage de batteries et de sourire

https://sebchro.wordpress.com/2017/08/23/sidi-wacho-libre/

 

Dans la catégorie prenante et qui remue là où on ne l’attend pas

https://sebchro.wordpress.com/2017/04/23/the-steel-remains-the-cold-commands-the-dark-defiles-de-richard-morgan/

 

Dans la catégorie succès assuré pour tous les publics

https://sebchro.wordpress.com/2017/07/15/profiler-de-romaric-galonnier/

 

Dans la catégorie on a pas fini de se faire plaisir en y retournant

https://sebchro.wordpress.com/2017/04/23/cosy-corner-3-place-du-petit-college-69005-lyon/

 

Egologie, de Aude Vidal.

décembre 14, 2017

141217_Egologie

Un tout petit livre, dans la même série que “L’amour à trois”, dont je vous avait parlé. Un tout petit livre qui s’attaque à de grosses questions, puisque le propos concerne l’écologie, et plus particulièrement les mouvements écolos actuels et leur positionnement idéologique et politique. Plus précisément, la question de l’égoïsme dans ce cadre-là, de la manière dont la lecture de ces problématiques peut se faire entièrement dans une logique très libéral de priorité donnée au bien-être et à la satisfaction individuelle. Pour résumer : ça tape exactement là où ça fait mal, avec une pertinence et une efficacité remarquable. Certes, un minimum de bagage politique est sans doute nécessaire pour réussir à profiter pleinement de tout ce qui est impliqué. Mais je pense que c’est très lisible même sans, d’autant que c’est court et d’une écriture rapide et efficace. Pour tout dire, je suis franchement admiratif de l’efficacité d’un si petit volume, d’autant plus que le propos est à mon sens essentiel. En bonus, c’est souvent assez drôle, et les petites illustrations de colibris m’ont vraiment fait rire. Je conseille donc fortement la lecture de ce tout petit ouvrage si vous vous posez des questions politiques un peu radicales et si la question écologique vous semble importante. Et si vous êtes prêt-e à vous faire bousculer un peu, aussi.