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Jean-Louis Tripp nous livre ici une autobiographie de sa vie sexuelle, en BD. En tout cas le début puisqu’il s’agit d’un premier tome, il y aura une suite, et tant mieux. Pour commencer par la forme : j’aime vraiment beaucoup le dessin de Tripp. Les personnages sont vivants et expressifs, et le crayonné donne une vie globale au dessin que j’aime vraiment. Doublé d’une douceur dans le trait qui convient à mon sens parfaitement au propos. Et je pense que je préfère même cette version noir et blanc à ce qu’il fait par exemple pour Magasin général (alors que j’aime déjà beaucoup Magasin général). Sur le fond, ensuite, je trouve extrêmement réussi. Parce que sur un sujet qui pouvait se prêter à de l’humour un peu facile ou à quelque chose de superficiel, il livre au contraire un regard très fin et très tendre, sur lui-même et sur son parcours. Et, finalement, sur la sexualité masculine plus largement. Il réussit en effet à mettre en lumière des interrogations et enjeux, sur les impacts du cadre familial, politique, et sur les tensions dans la construction d’une sexualité masculine sensible et humaine que je trouve essentiel et pas si souvent abordés. Et le fait qu’il soit issu d’une famille communiste est à la fois très drôle, mais aussi très riche tout en évitant de retrouver des questionnements plus classiques autour de l’éducation judéo-chrétienne. Et cela permet d’explorer aussi des questionnements sur la liberté sexuelle, le féminisme et la manière de conjuguer tout ça non pas en théorie mais dans une pratique en construction. En en parlant comme ça, je donne peut-être une impression très sérieuse, mais c’est bien une BD qui est avant tout drôle et touchante, pleine d’émotions et d’humour, tout en réussissant à interroger sur des choses très fondamentales. Donc, oui, je valide pleinement, et je conseille sans hésitation.

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Et voilà, nous y sommes : le grand retour de Loïc Lantoine. Cette chronique ne sera donc pas du tout objective, je suis toujours complètement fan. Loïc Lantoine s’est allié à un grand orchestre de jazz (dix-huit musicien-ne-s tout de même, déjanté-e-s bien comme il faut) pour ce nouvel album (et cette nouvelle tournée puisque nous avons eu la chance de les voir en concert de sortie de résidence). Autant dire que musicalement, ça change un peu de style. Non, ça change beaucoup de style. Mais ce n’est pas la première fois, et de mon point de vue, ça fonctionne aussi bien, voire mieux que la version plus rock. Dans ce double album, on trouve donc un CD de nouvelles chansons, un tout petit peu plus chantées, mais pas trop quand même, et un CD de chansons précédentes remises en musique avec ce nouveau groupe. Dans les deux cas, ça marche très bien. Les nouvelles chansons sont excellentes, avec toujours des textes superbement poétiques sans jamais se la raconter, et des musiques variées, qui partent dans tous les sens et qui ont la patate. Et les anciennes chansons trouvent une nouvelle jeunesse et une nouvelle énergie sans rien perdre de leur qualité. Il y a donc de quoi rire, de quoi pleurer, de quoi être en colère et de quoi se reposer, une fois de plus. Je vous conseille donc bien évidemment ce double CD, mais je vous conseille aussi très fort de les voir en concert, avec dix-neuf personnes sur scène, ça envoie, et dans notre cas ça a duré deux heures et demi de bonheur et de n’importe quoi 🙂

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Rick and Morty, Saisons 1-3

novembre 7, 2017

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Vous avez peut-être déjà vu passer Rick et Morty, ils sont très à la mode en ce moment. Et, honnêtement, je trouve que ça mérite d’être connu. Il s’agit d’une série de dessin animé improbable et arrachée, à laquelle nous avons énormément accroché. Maintenant, soyons clairs : c’est n’importe quoi (et ce n’est pas du tout pour les enfants). Rick est une sorte de Doc Brown croisé avec Doctor Who, mais alcoolique, extrêmement grossier et à la limite de la psychopathie (sauf que c’est bien plus fin psychologiquement que ça, au final). Et Morty est son petit-fils, entraîné dans des aventures à travers le temps et l’espace, en tant que compagnon et souffre-douleur. C’est donc très drôle, si on aime l’humour qui rape et qui ne prend pas de gants. C’est également très très référencé en termes de science-fiction, avec pour chaque épisode un vrai scénario de SF très construit. Et c’est cruel mais étonnamment profond et juste en termes de psychologie et d’évolution des personnages. Et, je le redis, c’est vulgaire et sans limites. Ce qui fait un cocktail très étonnant, mais la sauce prend parfaitement et nous sommes devenus complètement accros. On pourrait dire que c’est Retour vers le futur croisé avec Dr Who et South Park, par exemple. Si vous aimez les trois, ça a toutes les chances de vous plaire beaucoup. Sinon, je dirais qu’il faut essayer quelques épisodes pour se faire une idée. Par ici, on attends avec impatience la prochaine saison, mais ce n’est malheureusement pas pour tout de suite tout de suite…

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Roald Dahl, en livres, c’est quand même vraiment très très bien. Et pour peu que vous ayez eu la chance de le lire enfant, ça a des chances de vous avoir laissé de bons souvenirs. Et des images colorées. D’où la difficulté à le traduire en film. Heureusement, jusque là, ce n’est pas n’importe qui qui s’y colle (cf James et la grosse pêche et Charlie et la chocolaterie notamment). Ici, c’est Steven Spielberg, et beaucoup d’images de synthèse. Oui, parce que le bon gros géant, forcément, il est en images de synthèse… parfaitement réussies et intégrées. Il est touchant, plein d’expressions de visages et de finesses. Et il est drôle comme dans le livre, et poétique, et décalé. Bon, ce n’est pas le livre, mais c’est une adaptation que j’ai trouvé très réussie, aussi bien d’un point de vue narratif que visuel. Et qui se permet d’assumer le côté décalé du scénario jusqu’au bout. C’est tellement bien fait que ça n’a l’air de rien, ce que je trouve tout à fait admirable en termes de réalisation. C’était un peu passé inaperçu pour moi au moment de la sortie, mais je vous le conseille grandement, à tous les âges.

Forest, de Helvetik

novembre 7, 2017

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Forest est un tout petit jeu, dans une toute petite boite, plutôt destiné à un public d’enfants. Mais j’avais envie de vous en toucher deux mots tout de même. Parce que d’abord, le système de jeu, pour simple qu’il soit, est en fait très efficace, et permet aussi à des adultes de jouer en y ayant un vrai intérêt. Il y a un coté aléatoire pour se piquer des cartes, mais qui peut s’anticiper, et donc donner lieu à une lecture doucement stratégique. Et d’autre part, c’est un très beau jeu. Avec un design épuré que je trouve extrêmement réussi, et assez rare finalement dans le monde du jeu de société. Des illustrations très variées et riches qui reprennent tous les classiques des contes, et aucune indication de jeu sur les cartes pour les gâcher. C’est donc facile et accessible, et produit de manière originale et très réussie, j’aime vraiment.

Un jeu vidéo de papa gays qui fait du buzz 🙂

http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/08/01/dream-daddy-pourquoi-un-jeu-video-de-papas-gay-est-en-train-de-devenir-le-succes-de-l-ete_5167533_4408996.html

 

Un peu plus sur la réalisatrice de Wonder Woman

http://boingboing.net/2017/08/01/punishing-punisher.html

 

Classique mais toujours efficace, Franck Lepage sur l’Education Populaire :

http://www.monde-diplomatique.fr/2009/05/LEPAGE/17113

 

Et pour celles et ceux qui veulent se faire une bonne ludothèque à pas cher

https://www.shutupandsitdown.com/how-to-build-an-amazing-board-game-collection-for-10/

230817_Come-as-You-Are

Emily Nagoski est ma nouvelle héroïne. Enfin, notre nouvelle héroïne, puisque c’est un livre qu’on a pris le temps de lire à deux (et, accessoirement, je vous conseille de tester la lecture à haute voix à deux, c’est chouette). Quand elle annonce que ce qu’elle présente ici peut transformer votre vie sexuelle, elle ne rigole pas. Après dix ans d’expérience de conseillère et éducatrice sur la sexualité (et un doctorat, un master, et un tas d’autres spécialisations annexes), elle compile ici l’essentiel de ce qu’elle a appris. Et au delà de son expérience concrète (qui a beaucoup d’importance, et qui se voit notamment dans les récits de patientes dont elle émaille ses chapitres, de manière très pertinente et éclairante), elle s’appuie sur beaucoup de recherches récentes, en sexologie, psychologie et neuro. Et elle cite ses sources sérieusement, ce qui fait une biblio foisonnante et pas mal motivante. Parce qu’il ne s’agit pas du tout d’un énième kamasutra, tout au contraire. Après une partie, essentielle mais courte, pour rappeler quelques élements de physiologie, ce à quoi on s’intéresse est surtout du ressort de la psychologie. Et du désir en particulier. Mais avec des détours essentiels par la gestion du stress, les messages culturels et moraux dont nous sommes pétris (et la spécificité de ceux destinés aux femmes et de leur éducation), et la gestion des émotions en général. Ce qui en fait à mon sens un bouquin incontournable et essentiel. Plus spécifiquement : si ce contenu était la base d’éducation de tout le monde, ben le monde irait déjà terriblement mieux. Notamment parce qu’elle bat en brèche un nombre considérable de fausses idées très répandues et que ça fait une différence massive. Accessoirement, c’est très déculpabilisant, très concret aussi dans ce qu’on peut en appliquer et en retirer directement, à court et à plus long terme (avec même des feuilles d’exercice pour prendre le temps de réfléchir à son cas en regard de ce qu’elle raconte). Et même si ce n’est pas pour l’aspect sexuel, ce qu’elle propose comme résumé et comme pistes de gestion des émotions mériterait une lecture pour tout le monde. Avec tout ça, elle vulgarise avec beaucoup de talent et avec beaucoup d’humour des choses pas forcément simples, donc la forme est tout à fait au niveau du contenu. C’est-à-dire excellente. Comme je le disais, c’est passé directement dans ma liste de lectures incontournables.

Elle n’est malheureusement pas encore traduite, mais elle a un blog : http://www.thedirtynormal.com/