Edouard Louis, brillant et touchant chez Mediapart :

Intéressant point de vue sur les besoins en repos :

https://lifehacker.com/the-7-types-of-rest-and-how-to-get-the-kind-you-need-1847223651

SNU et éducation catholique : surprise, ça va bien ensemble !

Ah, un article bien agréable sur le langage inclusif, et plus largement sur la masculinisation de la langue 🙂

https://www.unifr.ch/universitas/de/ausgaben/2020-2021/l-amitie/la-masculinisation-de-la-langue-a-des-cons%C3%A9quences-pour-toute-la-societe.html

Oui, on peut aussi benchmarker et optimiser le contrôle au faciès, pourquoi pas ?

https://www.streetpress.com/sujet/1624349875-service-police-industrialise-controle-facies-racisme-justice-darmanin-seine-saint-denis-ile-france-idf

Et un pape qui continue à essayer de faire bouger les choses :

http://www.slate.fr/story/212874/pape-francois-declare-guerre-traditionalistes-encadrement-messe-concile-vatican-rituel

Petit éclairage sur l’évolution politique de la Chine :

https://theconversation.com/to-get-rich-is-glorious-how-deng-xiaoping-set-china-on-a-path-to-rule-the-world-156836

N’oublions pas d’où vient la pauvreté d’Haïti…

https://www.mediapart.fr/journal/international/090721/haiti-et-la-dette-de-l-independance-un-scandale-toujours-brulant

Toujours bien, pour rappel, puisque j’en parle ci-dessous :

https://lmsi.net/

Un petit TEDx rigolo sur l’orthographe française :

Et puis tiens, je vous conseille de lire les cahiers de vacances d’Isa, ça vaut carrément le coup 😀

http://blogs.bl0rg.net/finis_africae/2021/07/14/kro-kahier-de-vacances-1-le-cout-de-la-virilite/

http://blogs.bl0rg.net/finis_africae/2021/07/20/kro-de-kahier-de-vacances-4-le-cerveau-pense-il-au-masculin/

Comme personnage principal : un travailleur social modèle assigné à l’inspection d’orphelinats, dans une administration grise et caricaturale. Mais les orphelinats sont destinés aux enfants ayant des pouvoirs magiques, ou étant des créatures magiques, dans un monde qui les exclut et les craint (et qui pour le reste ressemble beaucoup au nôtre il y a une vingtaine d’années). Autant dire que ce sont plus des prisons /centres éducatifs fermés qu’autre chose. Jusque là, ça ne semble pas très joyeux, et le thème de fond ne l’est pas, mais ce roman est en fait attendrissant, coloré et plein d’humour, de tendresse et d’espoir. Parce que notre travailleur social va être choisi pour inspecter un orphelinat très particulier. Et y être amené à sortir progressivement de sa coquille et de ses certitudes de manière très douce et très jolie. C’est un roman léger et joyeux dans lequel on pleure pas mal, mais carrément avec le sourire. L’écriture est très agréable même si j’ai trouvé le début un peu lent (ceci étant, vu la qualité de la suite : tout est pardonné). Et aussi : le personnage principal est gay, ce qui a sa place de manière très juste (et forcément très raccord avec les thèmes de l’acceptation et de la famille choisie) mais sans que ce soit central. C’est un vrai coup de cœur roudoudou inattendu en ce qui me concerne !

Un recueil de contributions sur l’héritage de Bourdieu, donc, avec pas mal de personnes notables et que j’aime bien, dont Didier Eribon et Annie Ernaux par exemple. La qualité d’ensemble est vraiment bonne et ça reste globalement accessible (même si, hein, il est clair que ça s’adresse à un lectorat qui sait où il met les pieds (genres c’est aux puf et ça parle de Bourdieu)). Après, c’ est quand même inégal, sur le fond et la forme, même si tout a un intérêt. J’ai été très fan du texte d’Edouard Louis sur la pauvreté, la politique et l’intérêt de la sociologie. De celui d’Annie Ernaux aussi, sur La distinction et son impact. Dans le reste, des choses vraiment intéressantes sur Bourdieu lui-même, sur ses liens avec la politique et les mouvements sociaux et sur la domination masculine. Et quelques textes que j’ai trouvé moins à leur place, ou en tout cas moins engageants, comme Lordon qui nous remet un grand morceau sur Spinoza (ce qui n’empêche qu’il y raconte des choses quand même). Au total, j’ai trouvé bien de quoi me nourrir de manière agréable.

On m’a souvent dit que Christine Delphy était brillante et importante mais jusque là ce que j’en avais lu m’avait semblé ardu et un peu chiant, bien que très pertinent. Grâce à ce livre, je peux dire clairement : brillante oui, importante oui aussi, je partage tout à fait. Il s’agit d’un recueil de textes écrits indépendamment mais traitant tous de la question de l’altérité et de la domination, dans une perspective matérialiste. En gros : comment en même temps on classe et on hiérarchise, sur la base d’une inégalité matérielle existante. D’où le sous-titre : Qui sont les autres ? Donc : celles et ceux qu’on a le pouvoir de classer et de constituer comme tel-les. Et tout cela est exposé de manière brillante et claire, avec de l’impact. Ce qui fait du bien et pose plein de questions importantes. D’autant plus qu’elle traite non seulement de sexisme, mais aussi de racisme et de rapports de classe (avec une grande attention à signaler les limites de son expertise) et de la manière dont ils font système et ont des mécanismes et des logiques qui se recoupent et se soutiennent. Ce n’est pas un essai ou une thèse globale mais c’est une passionnante démonstration de la manière dont une analyse matérialiste bien maniée s’attaque à un pannel de questions d’actualité sur ces thèmes. Donc, oui, c’est important. Et sans être forcément un bouquin pour débuter sur ces sujets, ça ne demande vraiment pas un bagage de spécialiste.

Inside Man, de K.J. Parker

juillet 26, 2021

Nouvelle nouvelle de Parker, qui est la suite de Prosper’s demon. Et dans laquelle il, et nous, continuons à nous faire plaisir. On retrouve les mêmes personnages, avec le même passif et donc des relations compliquées : très proches et très liés mais pas du tout amis. Et ils sont cette fois embarqués dans une histoire encore plus embrouillée et pleine de gros enjeux qu’on va découvrir, comme eux, au fur et à mesure. Et pour le coup, le scénario est vraiment amusant et malin, avec de vraies surprises et une ampleur inattendue et joyeusement iconoclaste. Comme les personnages et les dialogues font très bien le job aussi, c’est franchement un plaisir. Un plaisir court, mais c’est le principe et l’intérêt du format. Et en bonus, j’aime aussi beaucoup la couverture et le titre (dont le plein sens n’apparait qu’à la fin et est vraiment astucieux). Bref, une excellente nouvelle de plus.

Charles Piaget est quelqu’un que j’admire (et que j’ai eu la chance de croiser) pour son parcours, son intégrité, son intelligence et son humilité. Pour re-situer, c’était un des délégués syndicaux des Lip, un des animateurs de la grève et porte-parole. Ici, il raconte non pas l’histoire des Lip et de leur lutte (parce que ça on le trouve ailleurs) mais la manière dont il a pensé sa place, la stratégie de lutte et de construction du collectif et aussi, surtout, comment il s’est questionné, remis en cause et a évolué. Pour le dire simplement : Charles Piaget faisait du syndicalisme comme j’essaie de faire de l’Éducation Populaire. En se positionnant comme soutien, comme moyen pour un collectif à construire et politiser. Et il en parle avec simplicité et probité. C’est beau. Et c’est inspirant.

Les mots sont importants est un site passionnant (https://lmsi.net/), co-fondé et co-animé par Sylvie Tissot et Pierre Tévanian, dans lequel on trouve nombre de contributions riches autour des rapports sociaux, de la politique et du discours. Sous forme d’articles le plus souvent courts et toujours dans une langue et un vocabulaire accessibles et vivants (et sans que ça n’enlève quoi que ce soit à la profondeur et à la pertinence du propos). Je trouve rarement le temps de lire le site, à regret, mais je lis avec bonheur, tous les dix ans donc, la sélection sous forme de livre. Sont abordées dans cette compilation plusieurs thèmes, chacun regroupant plusieurs articles : éditocrates et « intellectuels » médiatiques, racisme, sexisme, intersectionnalité, mémoire, critique du champ médiatique et politique. Oui, je m’y retrouve carrément, que ce soient pour les sujets eux-mêmes ou pour la manière de les traiter. Ça fait vraiment du bien autant de voix engagées et intelligentes, et qui en plus font l’effort de ne pas se la raconter. Pour l’ensemble ou pour picorer, je le recommande, ça redonne de l’énergie et de l’acuité. Et le format article en fait une ressource précieuse pour en partager des extraits, en formation notamment.

Je suis rarement déçu en lisant Elsa Dorlin : en tant que philosophe et historienne des sciences, elle propose des approches éclairantes et nouvelles avec des fondements très documentés et argumentés. Là, elle s’attaque à la manière dont sexisme et racisme se sont construits ensemble, en se basant sur les évolutions du discours médical sur les femmes (ce qui inclut la médecine féminine mais pas que) et ensuite sur le discours médical sur les populations colonisées et les esclaves a partir de la Traite. Et sa démonstration est brillante et solide, en se focalisant sur les moments de remise en cause et de recomposition des discours de justification de la domination. C’est non seulement passionnant en soi mais aussi pour ce qu’il reste de tout ça dans les manières de penser (et de parler) aujourd’hui. Ça donne du grain à moudre sur les liens entre dominations, pour le moins, et la manière dont ils font système. Sur la forme, c’est honnêtement dense mais découpé et lisible, et non sans un humour certain. J’ai vraiment aimé et j’ai plein de notes à reprendre.

Un tout petit livre qui regroupe des histoires et fables humoristiques que se racontaient et se transmettaient les esclaves noirs américains des plantations. Témoignage précieux, donc, et léger (enfin, c’est relatif, mais disons que sur cette thématique, si). Les histoires sont étonnantes, pour moi en tout cas, dans ce qu’elles ont de retenu et de peu transgressif à nos yeux. Alors que dans le contexte, elles étaient certainement perçues comme telles. Ce qui fait prendre un petit peu la mesure du silence imposé et de la domination. Il est aussi intéressant de deviner, même sans être spécialiste, l’influence des traditions de conte africaines dans les récits et les métaphores. J’ai trouvé ça intéressant et touchant mais je n’ai pas vraiment ri, mais je crois que c’est du fait de l’immense distance de culture et surtout de contexte, ce qui est intéressant, pour le moins.

Un roman qui a eu beaucoup de succès et qui a beaucoup fait parler (et c’est justifié, et certainement une bonne chose) mais dont je ne garderais sans doute pas un souvenir si marquant. Edouard Louis y raconte son enfance dans une famille très pauvre de Picardie, ouvrière, du lumpen-prolétariat comme il le dit ailleurs. En tant que petit garçon intelligent. Et homosexuel. Autant dire que ce n’est pas drôle. C’est même dramatique. Mais dramatique du fait des conditions sociales et économiques. Edouard Louis écrit très bien mais il écrit pour décrire, pour donner à voir et à comprendre ce qu’il se passe là, pour beaucoup de monde ; pas pour tirer des larmes à propos de sa propre histoire. Ce qui a quelque chose d’étonnant : en racontant des contextes et des situations dures, il n’impose aux lecteurices que peu d’émotions directes, et c’est une approche que je trouve très intelligente et adaptée. Pour des personnes n’ayant pas une conscience claire de ce qu est la réalité

de la vie dans ce contexte, je pense que c’est une vraie claque dans la gueule, volontaire et politique. Dans mon cas, ça relève plus d’un rappel efficace, d’où le fait que ça me laissera sans doute une trace moindre. Je vous invite à découvrir, même si je trouve Edouard Louis (qui est un de mes coups de cœur du moment) bien plus marquant et brillant sur d’autres terrains.