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David Graeber est mort, et ça a été ma mauvaise nouvelle du mois, voire de l’année. C’est vraiment une grande perte, d’autant que vu l’originalité de sa pensée, il va être difficile à remplacer, ou même à continuer. En attendant que je vous chronique ceux qui me restent à lire et ceux qui restent à sortir, quelques articles pour vous faire une idée :

https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/040920/david-graeber-penseur-pirate

https://theconversation.com/david-graeber-1961-2020-auteur-de-bullshit-jobs-anthropologue-et-chercheur-en-gestion-146446

http://www.slate.fr/story/194687/david-graeber-mort-anthropologue-bullshit-jobs-esprit-excentrique-intellectuel-storyteller

https://www.telerama.fr/idees/je-me-souviens-de…-david-graeber-lanthropologue-anarchiste-des-bullshit-jobs-6691958.php

https://www.nouvelobs.com/idees/20200906.OBS32951/david-graeber-a-montre-que-les-inegalites-ne-sont-pas-une-fatalite.html

https://www.theguardian.com/books/2020/sep/03/david-graeber-anthropologist-and-author-of-bullshit-jobs-dies-aged-59

Mettre systématiquement les sous-titres aux enfants, ça a un intérêt :

https://theconversation.com/why-children-should-be-watching-tv-with-the-subtitles-on-144320

Allez, un peu de Frank Herbert politique en attendant le nouveau Dune :

Spéciale dédicace à celles et ceux qui bossent sur la “parentalité” :

http://www.slate.fr/story/195044/parentalite-soutien-famille-parents-transformations-bien-etre-enfant-programmes-performants

Classe sociale et empathie peu développée…

https://www.psypost.org/2020/09/higher-class-individuals-are-worse-at-reading-emotions-and-assuming-the-perspectives-of-others-study-finds-57878

La photosynthèse artificielle se rapproche ?

https://www.independent.co.uk/life-style/gadgets-and-tech/news/clean-energy-photosynthesis-artificial-carbon-neutral-cambridge-a9685886.html

Et tout le monde s’en fout : le stress !

Pendant l’occupation, les surréalistes réinventent le Tarot de Marseille…

https://www.telerama.fr/monde/reinventer-le-tarot-de-marseille-sous-l-occupation-une-activite-surrealiste,106473.php

Toi aussi, trouve pour ton enfant (ou ton perso de jdr) un prénom qui fonctionne à la fois dans deux cultures… j’adore 😀

https://mixedname.com/

Et un beau site web répertoriant les mots intraduisibles, j’aime beaucoup aussi.

https://lifehacker.com/expand-your-vocabulary-with-this-site-of-untranslatable-1844887879

Passionnante étude de l’acoustique de Stonehenge !

Vous aimez les maths, vous aimez les dés bizarres, ne ratez pas ça :

Et si d’aventure on vous force au monopoly, sachez gagner 😉

J’aime vraiment bien le boulot de vulgarisation de l’Histoire que fait Mathilde Larrère, sur le fond comme sur la forme. Sur le fond, il s’agit ici de faire une histoire des luttes féministes, par chapitres thématiques et en remontant assez loin (pour montrer notamment que ces luttes n’ont pas attendu d’être reconnues comme première nageuse féministe pour l’être). J’y ai appris plein de choses et l’organisation par thèmes aide vraiment à voir les évolutions et leurs enchaînements historiques. Et j’y ai aussi découverts des figures historiques qui valent le détour (dont un lion domestique nommé Tigre) et qui mériteraient d’être sacrément plus connues. Sur la forme, c’est vraiment très agréable aussi. D’une part, c’est écrit de manière fluide, voire parlée, et donc très accessible. Et d’autre part c’est aussi empli de convictions que d’humour.

Et les deux font beaucoup de bien, surtout quand comme ici elles se mêlent. Avec à côté de ça un excellent boulot graphique et l’insertion de citations pour rythmer, ce qui fait que c’est en plus un beau bouquin. Et un bouquin de référence vu la quantité de contenu facilement accessible. En termes d’approche historique (et dans le contexte français), je ne vois pas mieux pour le moment, vous pouvez y aller sans hésiter.

Rayne Constantine est aujourd’hui docteure et tient une page facebook que j’aime beaucoup (Insufferably intolerant science nerd). Et pour financer ses études, elle a été prostituée dans une maison close. En Australie, donc dans de bonnes conditions. Et elle l’a fait par choix. Enfin, comme elle l’explique très bien : moyennant le fait que dans un système capitaliste elle n’avait pas le choix de travailler ou non, mais elle a choisi quel boulot. Et elle raconte. Et ça mérite vraiment d’être lu. D’une part parce que c’est pour une partie drôle : les inter-chapitres sont des collections d’anecdotes et dialogues réels, et ca vaut une sitcom. Mais ce n’est qu’une petite part, celle qui crée des respirations. Tout le reste, si je résume, c’est le meilleur essai que je connaisse sur la sexualité, l’intimité, leurs liens avec le sexisme et les stéréotypes, la masculinité (fragile en particulier), l’estime de soi qui se joue dans la sexualité et les politique de la sexualité et de la prostitution. Oui, tout ça. Tout ça réfléchi et exposé brillamment. Et directement. Et avec humour et engagement, sans retenir les coups mais sans aucun misérabilisme. C’est le texte d’une chercheuse qui a réfléchi ce qu’elle a vécu, comment ça l’a fait évoluer, ce que ça lui a montré des gens, et qui s’est documentée avant d’en parler avec punch et humour. Si ce n’est la légitimité et l’image, ça a tout pour faire un parfait manuel éducatif pour jeunes adultes. Avec des anecdotes explicites pleines de lubrifiant et de sextoys. OK, comme manuel, il finirait brûlé en autodafé, mais de mon point de vue, c’est un compliment.

De quoi parle-t-on quand on parle d’égalité ? En particulier en france, puisque le mot fait partie de la devise nationale. L’égalité de qui et à quelles conditions ? Et en l’articulant comment avec les questions de liberté et de fraternité ? Si vous avez envie de réfléchir à ces questions-là avec un éclairage égalitaire, politique et compréhensible, je pense que vous tenez là un très bon ouvrage. Dans lequel l’autrice réussit à aborder des questions politiques et philosophiques élaborées dans un langage et une pensée qui restent clairs et accessibles. Et qui sont nourris des événements récents et de constats argumentés de la réalité des inégalités actuelles. J’y ai vraiment trouvé de quoi me nourrir, soit pour clarifier et renforcer des réflexions et points de vue, soit pour apporter des arguments et des articulations de pensée qui me manquaient justement (en particulier sur l’universalisme français et la question des non-frères dans la fraternité). Donc un très bon bouquin pour commencer ou continuer à penser ces questions (et avec 140 pages, ça ne vous engage pas dans un lecture à rallonge)Pour une chronique plus complète, c’est chez Isabelle : https://blogs.bl0rg.net/finis_africae/2020/08/06/kro-sans-condition/

Ah, enfin un bouquin de Sf/Fantastique qui ne ressemble vraiment à rien d’autre. Et qui a du caractère et de l’humour. Pour faire court : des nécromantes (lesbiennes) dans l’espace. En huis-clos dans un labyrinthe d’épreuves tordues, avec des meurtres et de la politique. Et en arrière-plan, un univers mourant et menacé et un Empire dirigé par une noblesse, et un Empereur, nécromants et plus ou moins dégénérés. Et pour autant, c’est drôle et rythmé. L’univers est gothique et glauque mais le ton est enjoué et dynamique. D’autant plus avec une narratrice sarcastique, à grande bouche et globalement de mauvaise humeur (à raison, vous vous doutez, vu l’univers). Et le scénario est très bon et très honnêtement tordu, et permet aux relations d’amitié et d’amour entre les personnages de prendre le premier plan Ce qui se conclut d’ailleurs de manière marquante et donne très envie d’avoir la suite (ce sera une trilogie). Pour peu que cet environnement vous séduise ou vous amuse un minimum (ne serait que parce que : hein ? quoi ? qu’est-ce que c’est que ça ?), c’est vraiment une lecture très amusante, très prenante et bien foutue d’un bout à l’autre. Ça ne ressemble à rien d’autre et c’est très bien comme ça.

Peace talks, de Jim Butcher

septembre 24, 2020

Est-ce que les Dresden Files vont me décevoir un jour ? Ce n’est carrément pas parti pour. Ça continue (seizième tome tout de même), ça change mais ça va en s’améliorant. On retrouve donc Dresden, qui se traîne donc un paquet de boulets et d’ennemi-es toujours croissant, et une famille d’amies et d’allié-es toujours plus fragiles et instables. Et ça continue à fonctionner. Bien, même, puisque Dresden lui-même évolue et grandit vraiment, et change de priorités et de perspectives. Et je pense que c’est un élément central sur la durée : une vraie évolution psychologique fine et profonde du protagoniste. Dans les moments où il n’invoque pas des dinosaures et ne détruit pas des immeubles, hein, on est d’accord. Sauf que dans ce tome, on ne casse (presque) rien. Parce que c’est un Demi-Dresden : il était trop gros et a été coupé en deux. Du coup, on a toute la mise en place, pas mal de politique et beaucoup de discussion mystiques, amicales et amoureuses. Sans les grosses bastons finales. Et ben j’ai beaucoup aimé. Sans grande surprise, je crois même que j’ai préféré. Non que je compte cracher sur le suivant, où ça va bastonner dans tous les sens, mais c’était une pause riche et bienvenue.

Annalee Newitz propose un roman ambitieux et original : une histoire de voyages dans le temps, complexe et riche, avec pour thème les luttes pour et contre les droits des femmes. Aux Etats-Unis uniquement ceci dit parce qui si d’un point de vue temporel ça balaie très large, d’un point de vue géographique et culturel non. Ce qui n’est pas vraiment un reproche parce qu’avec tout ce qu’il y a déjà, ce n’était pas possible d’en rajouter. Parce qu’on suit plusieurs personnages à plusieurs époques, et des bouts sur le voyage dans le temps (avec une idée de machine vraiment originale et intrigante mais qui laisse sur sa faim), et une lutte pour les droits qui est prétexte à présenter des moments étonnants et peu connus, et une histoire d’amitié et de punk-rock et oui, c’est foisonnant. Et bien articulé. Et avec non seulement un propos documenté et malin. Mais je crois que ça en fait au final un peu trop. À la fois parce que les enchaînements permanents affaiblissent l’investissement dans les personnages et les intrigues émotionnelles (qui sont pourtant astucieusement construites) et parce que ça laisse un certain nombre de questions ouvertes au final (vous me direz qu’avec du voyage dans le temps, c’est parfois mieux que de clore n’importe comment et vous n’avez pas forcément tort). L’autre bémol, c’est que ce n’est, vu le thème, pas léger et que l’autrice pousse jusqu’au bout dans ce que pourraient être des extrêmes de société haïssant les femmes, et c’est moche. Justifié mais ça ne fait pas de la Sf qui fait oublier le quotidien. Au final, c’est du très bon boulot, mais un peu trop chargé à plusieurs titres pour que je sois complètement conquis

Les deux premiers tomes d’une série de SF qui m’ont ramené loin dans le passé, alors que c’est une série et un auteur contemporain. Ça m’a ramené loin en arrière parce qu’on est vraiment dans un univers de SF très classique, avec un hommage très marqué à Starship Troopers et Heinlein dans le premier. Avec des aliens donc, et un contexte très militaire. Qui est, heureusement pour moi, aussi le prétexte à des réflexions de fond philosophiques et politiques. Ça m’a aussi ramené pas mal en arrière parce que ça se lit de manière un peu boulimique, avec du rythme et du suspense, et des personnages honnêtement construits mais qui sont avant tout au service de l’histoire. Comme il y a trente ans, j’en sors en me disant que c’est vraiment bien fait, avec ta tête un peu pleine mots et l’impression que je ne vais pas non plus en garder des souvenirs très forts ou très spécifiques. Pour autant, c’est bien écrit, bien construit avec un scénario solide, mais si vous avez un peu de culture Sf des années 70 et 80, ça ne va pas vous surprendre. Ce qui ne veut pas dire que ça ne peut pas vous plaire, au contraire.

Vous situez le style Sword and Soul ? Bah c’est comme Sword and Sorcery mais avec une base africaine et pas européenne. Ce qui est chouette, ça enrichit et ça permet de sortir d’un contexte trop habituel et ethnocentrique. Et ici, donc, une anthologie de nouvelles avec des protagonistes non seulement noires, mais femmes. Je suis très convaincu de l’intention, et de son intérêt, mais dans le cas présent : beaucoup moins de la réalisation. Malheureusement. Enfin, disons surtout que c’est très inégal. Du franchement médiocre qui cumule à la fois un scénario indigent et une héroïne que toutes les autres veulent se taper parce qu’elle est trop forte mais surtout trop bonnasse… Et il y en a quand même une bonne série comme ça. Avec presque que des auteurs, sans trop de surprise. Il y a du moyen, qui évite plus ou moins les deux écueils précédents mais sans forcément sortir de poncifs africains ou de fantasy, ou les deux. Et puis il y en a quand même qui se distinguent, en particulier P. Djéli Clarke (sans surprise complète, en ce qui me concerne, mais vu la qualité moyenne du reste j’étais content) avec du scénario, du style et de l’originalité. Mais c’est une petite minorité. Ce qui est un peu dans le contrat, puisqu’il s’agit de faire émerger et de donner une chance. Mais là, au total, ça ne mérite pas vraiment de vous lancer. D’autant qu’en plus, le boulot d’édition est franchement insuffisant.

On a envie de déménager, et potentiellement d’acheter une maison. Et je n’avais aucune idée de comment ça marche. Je voulais comprendre les grandes lignes, les enjeux, qui fait quoi, tout ce genre de choses. Mais sans m’embourber dans trop de technique ou de préoccupations de rentabilité d’investissements immobiliers (ce qui est au cœur de beaucoup d’ouvrages, il se trouve). Et ce tout petit bouquin fait parfaitement ce boulot de défrichage et de clarification. En peu de pages, facile à lire et avec même de vraies astuces à partir de l’expérience vécue que partage l’auteur. Ce n’est pas un bouquin pour professionnel-les ou pour investisseu-ses et c’est très bien comme ça, comme porte d’entrée avant d’aller éventuellement chercher plus précis, mais en sachant quoi et pourquoi.