Ah, oui, Jemisin mérite largement d’être mise en avant partout 🙂

Allez, continuons à redonner de la visibilité à des femmes remarquables :

http://www.slate.fr/societe/femmes-de-dessein/mary-wollstonecraft-ecrivaine-philosophie-badass-lumieres-fondatrice-feminisme-anticonformiste

Des (mauvaises) nouvelles de la bataille culturelle (encore…)

http://www.slate.fr/story/215198/va-valeurs-actuelles-conservateur-audience-video-youtube-millennials-bataille-culturelle

Et au cinéma aussi, avec une diffusion plus large :

https://www.bondyblog.fr/culture/bac-nord-un-film-dangereux/

On a de belles traditions, par chez nous, et ça bouge un petit peu quand même…

C’est par chez nous mais c’est un peu partout : l’école publique à défendre…

Un bout rigolo d’histoires des jeux vidéo français :

https://www.polygon.com/videos/22633055/weird-french-adventure-games-polygon-video

Être un allié, un bon petit document de Dupuy-Deri :

Moi, quand même, je suis assez fier de bosser avec un réseau comme celui des Centres Sociaux :

https://www.bondyblog.fr/societe/au-centre-social-de-garges-la-solidarite-preferee-au-mepris-de-classe/

Oh, une belle vidéo colorisée du dernier loup de Tasmanie 🙂

Octavia Butler est vraiment une grande autrice, qui réussit de manière brillante à proposer des romans qui ont des choses fortes à dire tout en étant des histoires puissantes et touchantes. Ici, le cadre est franchement horrible : une société américaine du futur proche en décomposition violente et dramatique suite à une crise écologique et sociale. Si ça vous semble d’actualité… ben c’est d’autant plus impressionnant que c’ est écrit en 1993. Il y a vraiment des moments horribles, donc, et de manière directe et traumatisante, mais pour autant, ce n’est pas un livre que j’ai trouvé triste. Au contraire, c’est une impression d’intelligence, de courage et d’humanité qui m’en reste. Avec un vrai discours social et philosophique sur le changement et la société. Je pense que ça m’a nourri autant qu’un essai, et même sans doute plus efficacement parce que ça touche à de l’émotion et des choix de positionnement face aux crises, et aux Autres. Et pourtant, je le redis, c’est un vrai roman, avec une tension, des personnages et de l’émotion (il y a des moments vraiment beaux). Ce n’est pas une lecture pour se détendre mais bien pour se laisser emporter et malmener en ayant l’assurance d’être entre des mains aussi bienveillantes qu’intelligentes. Un livre qui me confirme donc tout le bien que je pensais d’Octavia Butler.

Le précédent tapait déjà fort mais dans ce second (et dernier) volet : plus encore. Que ce soit pour ce qui est de l’intelligence du propos, de l’importance des sujets abordés ou de la dimension horrible (voire traumatisante) de certaines scènes et situations. Oui, parce qu’un des thèmes, c’est celui de l’esclavage et de la manière dont ce pouvoir absolu mène à des comportements inhumains. En particulier quand il est conjugué à une version fascisante de la religion (chrétienne). Et si c’est horrible, ce n’est jamais avec un regard voyeur ou complaisant, c’est sobre, terrible, mais aussi tellement pertinent et d’actualité. Visionnaire une fois de plus, avec notamment un président de l’Amérique Chrétienne qui veut « make America Great Again », et c’est écrit bien avant Trump (en 1998). Mais c’est aussi un livre plein d’espoir. D’un espoir dans des solutions tout sauf magiques, dans la nécessité de devenir une espèce humaine adulte. Ce n’est vraiment pas de la SF de détente et de distraction, mais c’est vraiment riche et précieux. Parce qu’Octavia Butler a des choses importantes à dire, parce qu’elle est d’une acuité rare et parce qu’elle ne nous prend jamais pour des idiots, ou pour des enfants. Et elle sait aussi, vraiment, écrire. Si vous avez envie de livres qui vous remuent, qui vous parlent d’aujourd’hui et de demain et qui vous laissent en tête des questions importantes, prenez votre courage à deux mains et lisez Octavia Butler : ça ne vous laissera de toutes façons pas indifférent-es et ça pourrait beaucoup vous apporter.

Quand on parle égalité, et féminisme notamment, on peut théoriser (et c’est très précieux) mais c’est important aussi de montrer la dimension vécue et sensible, quotidienne de ce qui se joue là. Dans des petits gestes et réactions qui peuvent passer inaperçus et peuvent sembler insignifiants mais qui au contraire sont pleins d’injonctions et de rappels des rôles et des normes. Et c’est bien ça que Violaine montre ici, en le racontant, en le faisant vivre dans des petits récits incarnés et réels. Ce qui est du coup touchant, en sollicitant l’empathie et l’émotion, en se mettant dans la peau de pour un court moment. Et ce choix de petits formats, de vignettes instantanées fonctionne à mon sens très bien. Parce que c’est moins intimidant et que ça ne freine pas si l’une nous parle moins. Et parce que, surtout, ça permet de varier sans contorsions littéraires les thèmes comme les points de vue. Je trouve particulièrement bienvenu d’avoir des narrateurs et narratrices différents (même s’ils et elles ne sont pas identifié-es, c’est apparent): ça permet à des lecteurices variées de se reconnaître, et de se glisser dans des peaux différentes, et du coup de mesurer à quel point il s’agit d’un système nous incluant toutes et tous. J’ai vraiment apprécié, sans surprise pour le propos, mais tout autant pour la forme, bien écrite et permettant de ressentir. Tout cela fait la première partie et, clairement, le cœur du livre. Mais ce n’est pas tout pour autant. La seconde partie donne de manière synthétique et probante les grilles de lecture et les données pour comprendre et mesurer ce qu’est le système de normes de genre et ses effets. Notamment ses effets très matériels en termes d’inégalités de ressources et de parcours professionnels (mais pas que, hein). Ça reprend vraiment à ce que j’ai entendu et apprécié en formation (et que raconte parfois à mon tour): de quoi ouvrir les yeux et être persuadée de pourquoi il le faut. C’est vraiment un livre que je trouve, par cette complémentarité entre les deux parties et par le parti-pris de la première surtout, très agréable et très utile. Je vous le recommande.

Alain Accardo est un étudiant, puis collègue puis continuateur de Bourdieu. Il fait donc dans la sociologie antique, en étant issu des classes populaires et avec un engagement clairement à gauche même s’il a quitté le PCF depuis longtemps. Je ne l’avais jamais lu mais je n’ai pas été surpris d’apprécier. Dans ce petit ouvrage, il entreprend d’abord de brosser un tableau critique et vif de la société capitaliste actuelle et des grands rapports sociaux, de classe en particulier, qui la traverse. Jusque là, rien de très surprenant en ce qui me concerne mais j’ai trouvé ça vraiment bien construit, bien tourné et dynamique. Et ça fait toujours du bien de ne pas se sentir seul sur tout ça. Ce qui lui sert de base pour ensuite venir voir de plus près le parcours et la position de la classe moyenne, et c’est là que ça devient de mon point de vue passionnant : parce qu’il vient interroger la manière dont se pense et se positionne la petite-bourgeoisie, en argumentant que c’est là que se joue un des points-clés de la transformation sociale, en tout cas celle qui voudrait sortir du capitalisme. On est donc bien sur le terrain de la bataille culturelle, en soumettant aux petits-bourgeois de gauche (dont je suis, hein) que sans une socianalyse un peu attentive de soi-même, ça va être difficile de sortir d’une certaine hypocrisie voire d’une certaine impuissance. Et c’est bien visé et ça donne de vraies clés, et de vrais coups de pieds au cul. C’est un livre qui m’a bien agité et qui va sans doute me faire réfléchir un moment. Pas confortable donc mais vraiment bienvenu et enrichissant pour celles et ceux qui sont prêts à se faire bousculer.

La question du fonctionnement en groupe m’intéresse aussi bien à petite échelle dans ma pratique professionnelle que politiquement à grande échelle. Et je manquais de contenus structurés et théoriques sur la question de la prise de décision collective. Donc, paf : un gros bouquin aux puf d’un vrai universitaire, qui propose une synthèse très large et complète des enjeux, des méthodes et de leurs failles et qui va jusqu’à proposer des pistes concrètes de bonnes pratiques et de méthodes à expérimenter. Trois grandes parties, qui sont toutes riches et solides, et j’ai particulièrement apprécié le parti pris de l’auteur de ne pas se cantonner à une position de description et de critique mais bien de se mouiller et de se positionner sur des avis et recommandations (qui plus est dans une finalité réellement démocratique). C’ est un livre très riche et très dense, ce qui est une bonne chose mais qui fait qu’il va falloir que je prenne des notes structurées et que même comme ça je n’arriverai à utiliser qu’une fraction. Ça veut aussi dire que soit on le lit très lentement et studieusement, soit on fait le deuil de tout intégrer. Maintenant, quand on cherche quelque chose d’un peu complet sur la question, c ‘est vraiment bien (et je ne parle pas de toutes les méthodes et références qu’il faudrait ensuite aller explorer). Quelques remarques sur la forme cependant : c’est écrit de manière raisonnablement lisible et fluide (même si c’est dense) mais, sérieusement, c’est quoi cette idée de faire plein de listes utiles mais en les gardant en blocs de textes avec un, deux, etc… Les tirets, ce serait tellement tellement plus lisible. Et je ne parle même pas de faire quelques schémas et tableaux… ce serait franchement salvateur. Et puis, et puis cette couverture qui crie : j’ai quatorze ans et je viens de découvrir Publisher, c’est trop cool ! Je suis pour, les puf, illustrez vos couvertures… mais dites-vous que c’est un métier. Bref, la forme n’est globalement pas attirante mais le contenu est vraiment intéressant, complet et utile.

Décidément, Amandine Dhée me plait beaucoup, et ici sur un registre franchement différent des deux que j’avais lu précédemment. On retrouve une écriture lumineuse, vive et rythmée, ainsi qu’un humour précis et dénonciateur, sur soi comme sur le monde. Maintenant, la forme n’est pas ici celle d’un roman mais plutôt d’une série de vignettes et d’esquisses, de nouvelles très courtes presque pour certains chapitres. Et dans certains cas on est même presque dans la poésie ou l’expérimentation formelle. D’une manière qui fonctionne bien pour moi, voire très bien dans les cas où j’ai vraiment eu l’impression de vivre les pensées que je lisais. Et le contenu peut parler à beaucoup : grandir et vivre en ville, voire plus nettement dans une ville néolibérale aujourd’hui. Avec finesse, ce n’est pas un essai ou un plaidoyer mais pour autant c’est bien visé socialement et politiquement. À partir d’instant, de moments de vie qui révèlent, qui moquent et qui touchent. Et qui font rire aussi parce que dans celui-ci, vraiment, il y a des moments où j’ai rigolé très ouvertement. Donc, oui, lisez donc Amandine Dhée, même si vous n’êtes ni parent ni féministe, elle ne parle pas du tout que de ça.

J’avais apprécié The Gospel of Loki, qui relisait la mythologie nordique par le regard biaisé de Loki. Et ici donc : la suite. Ce qui veut dire qu’on garde les personnages de la mythologie mais pour raconter quelque chose de nouveau (puisque dans la mythologie, après le Ragnarok, y a rien, de fait). On suit donc Loki, bien plus tard, réussissant son évasion pour aboutir dans notre monde. Et dans le corps d’une adolescente complexée et fan de Thor (qui va se révéler pleine de ressources et de caractère, et pas du tout une victime donc). C’est plaisant et léger et le regard de Loki sur notre monde est drôle. Et à partir de ces prémisses qui annoncent déjà une distraction plaisante, l’autrice construit une vraie intrigue retorse qui rend justice à Odin, Loki et leurs comparses (oui, ça fait un beau concours de menteur-ses qui se méfient les unes des autres à raison). L’issue est jolie, et même touchante, tout en restant dans le fil léger, dynamique et malin de l’ensemble. Et elle sert de passerelle vers une seconde série de romans de l’autrice dont je vous parle ci-dessous . Ce n’est pas du tout un roman inoubliable mais c’est une distraction tout à fait agréable et originale.

Runemarks, de Joanne M. Harris

septembre 24, 2021

Runemarks est donc le troisième que je lis dans cette série, et le troisième chronologiquement, mais pas en ordre d’écriture. Mais en termes d’intrigue, et d’importance, moi je dirais que c’est le premier. Parce que c’est celui-ci qui est vraiment original, et dense et avec une fin (au sens où le tout premier était une redite de la mythologie et le suivant ci-dessus, écrit après celui-ci, une version élaborée de comment tous les personnages se mettent en place pour celui-là). C’est une fin qui laisse la porte bien ouverte à une suite, parce que mythologie cyclique, mais c’est une vraie fin bien construite avec tout plein de choses qui s’emboîtent bien. On est cinq cent ans après Ragnarok, dans un monde médiéval dominé par une église/université inquisitoriale (j’ai beaucoup aimé la description de comment un groupe d’universitaire en vient là), et, bien sur, on va vite retrouver Loki, Odin et certain-es de leurs proches (pas beaucoup ami-es en moyenne). Mais ils ne sont pas la protagoniste principale puisque c’est Maddy, 14 ans ; et c’est une héroïne vraiment chouette. Ce qui de mon point de vue marche mieux que Loki (ou Odin) puisqu’ils interviennent moins tout le temps et donc se ternissant moins, ce qui leur va bien au statut. Tous les personnages sont chouettes ceci dit, crédibles et souvent touchants (même les gobelins et les cochons) et avec une intrigue bien construite et de vraies places malines pour tou-tes dans la résolution (oui, même la truie). Et donc, de l’humour, et pas mal de jeux sur les noms et les mots. Un roman réjouissant, riche et dépaysant : de la très bonne mytho-fantasy nordique.

Shadow, de K.J. Parker

septembre 24, 2021

Il y a certains de ses romans où je me demande pourquoi j’aime tant K.J. Parker. Dans celui-ci, qui est le premier d’une trilogie, il y a un élément récurrent : un monde pseudo-historique riche, constant et cohérent qui reprend des réalités sociales et politiques en les tordant et les exacerbant avec finesse. Et puis, et ça m’est particulièrement apparu dans celui-ci : une écriture. Rien de flamboyant ou de très marqué en termes de style mais une fluidité et un rythme remarquables (alors que c’est dense); un esprit et un humour discrets mais omniprésents ; et puis un talent pour les échanges et dialogues (de groupe en particulier, ce qui n’est pas une mince affaire). Outre ces considérations, c’est aussi un roman qui marche bien parce qu’il y a un vrai mystère : qui est le narrateur (amnésique)? Et il y a quelques couches superposées de mystère, de construction en puzzle et de mythologie. Qui ne sont pas épuisés puisqu’il y a deux tomes après, mais qui arrivent quand même à une vraie (première) conclusion. Donc oui c’ est bien, mais je couperai sans doute avec un peu de plus léger avant de lire la suite.