Et si on éduquait les garçons autrement, hein, allez !

http://www.slate.fr/story/204665/cout-virilite-violences-delinquance-hommes-injonctions-education-genre

Parlons bataille culturelle, et extrême-droite donc…

http://www.slate.fr/story/204172/la-grande-confusion-philippe-corcuff-sociologie-extreme-droite-gagne-bataille-idees-defaite-intellectuels-confusionnisme

Connaître ses droits, toujours une bonne idée, en version accessible :

https://solidaires.org/Les-fiches-Connaitre-ses-droits

Oh, dis donc, quand on donne des moyens aux pauvres directement, ça marche (épisode je ne sais pas combien, mais ce serait bien qu’on intègre ça, un jour…)

https://www.npr.org/2021/03/04/973653719/california-program-giving-500-no-strings-attached-stipends-pays-off-study-finds?t=1615304394496

Heu, autant le style, j’ai du mal à m’habituer, autant sur le fond, je trouve que c’est de l’excellente vulgarisation sur les questions d’appartenance et de groupe :

Austérité, solidarité et différences de classe, je ne me lasse pas de David Graeber :

https://www.theguardian.com/commentisfree/2014/mar/26/caring-curse-working-class-austerity-solidarity-scourge

Allez, du coup, encore un petit coup de David Graeber pour le plaisir 🙂

https://www.theguardian.com/commentisfree/2014/may/30/savage-capitalism-back-radical-challenge

Et non, la philanthropie des très riches n’est pas au bénéfice des autres, pas en premier lieu… 

https://academictimes.com/elite-philanthropy-mainly-self-serving-2/

Étonnant, le plus vieux logement social, fondé par la famille Fugger :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fuggerei

Grâce à ce bon Nikal, je découvre d’Artagnan, du métal-mousquetaire allemand 😀

Le recueil de citations, ce n’est pas un exercice de style facile. Il faut à la fois un vrai sens des mots, de la formule, et avoir suffisamment de choses à dire, d’expérience et de profondeur pour qu’il y ait assez de matière à distiller et à concentrer. Il se trouve que Gloria Steinem a les deux : un sens de la formule percutant (et, au passage, bravo à la traductrice parce que là aussi, l’exercice est difficile) et un parcours militant impressionnant. On trouve donc dans ce recueil une collection précieuse de phrases qui font réfléchir, qui font du bien, qui rassemblent ou qui donnent quelque chose à crier ou à afficher. C’est riche et précieux. Et l’ensemble est classé par thématiques, avec des textes introductifs que j’ai trouvés également riches et plein d’éclairages et d’idées précieuses. Et accessoirement, ça m’a aussi permis de découvrir quelques autres figures intéressantes du féminisme. C’est donc un recueil dans lequel je reviendrais piocher (même si je me suis déjà fait une sélection) et que je vous invite à consulter en détail ou juste en passant.

Ça faisait un bon moment que je me disais que j’avais besoin de me mettre les idées au clair sur la question de la liberté d’expression et des débats de plus ou moins mauvaise foi qui font l’actualité sur le sujet. Voire de me constituer un fond argumentaire et pédagogique sur le sujet. Et ben voila : tadaa, le livre qu’il me fallait ! Point de départ : l’assassinat de Samuel Patty, et donc les caricatures de Charlie Hebdo. Ce qui permet dès le départ de reposer le rôle de l’école et à son rapport aux mœurs et valeurs de la société. Et ensuite celle de la caricature. Avec finesse, et mesure, et avec surtout une ambition d’alimenter intelligemment le débat quant à la manière de faire société, avec tou-tes et en faisant vivre de manière ambitieuse l’ensemble des droits fondamentaux, pour tou-tes. Ce qui m’a éclairé et fait du bien. Et ce qu’ est ensuite l’occasion d’interroger le droit et ses fondements, et les droits de l’homme, et la CEDH. Ce qui m’a beaucoup appris, avec beaucoup de pédagogie, et m’a fait regretter les lacunes éducatives énormes sur le sujet. Et enfin, on débouche sur un chapitre que j’ai trouvé absolument brillant de concision, de pédagogie et de justesse sur la nécessité de reconnaître les discriminations ethno-raciale et sur une défense de la recherche, en particulier intersectionnelle, sur la question. J’étais convaincu, hein, mais je l’ai rarement vu aussi bien expliqué et défendu. Au final, ce que je cherchais, mais en mieux, aussi bien en termes de positionnement que de pédagogie : merci et bravo. Donc oui, si le sujet vous intéresse : lisez-le.

Nous voilà enfin dans le quatrième tome (géant) de la saga épique (et géante) de Sanderson, que j’attendais impatiemment depuis la claque du tome précédent. Il y a toujours une difficulté, dans ce genre de série énorme : raccrocher les wagons quand on s’y remet. Là, ça m’a pris bien 200 pages, en ayant lu un résumé avant, donc il faut aimer le côté marathon. Mais ça mérite l’effort parce qu’il y a beaucoup de finesses et de liens malins, avec des révélations progressives sur des événements qui datent du tout début de la série : ce qui est aussi impressionnant que satisfaisant. De la même manière, Sanderson fait bon usage du format pour développer en profondeur ses personnages, même si sur cet aspect-là, je pense qu’on y perd un peu en oubliant d’un tome à l’autre. J’ai ceci dit particulièrement apprécié où il se permettait d’aller sur la question de la santé mentale sur l’ensemble des ses personnages : ça devient une des thématiques centrales, traitée avec finesse et complexité, ce qui est quand même rare en fantasy. Pour ce qui est du scénario de fond, ça continue dans le gros budget élaboré et malin, mais avec un rythme moins épique que le précédent. Parce que, je crois, c’est un moment de réorientation global après les révélations du précédent : ça prépare à la fois un changement d’échelle (oui, clairement, on va vers du conflit cosmique) et de couleur en passant du très fantasy à quelque chose de plus proche de la SF, en tout cas en ce qui concerne la place de la science et de la technologie. Au final, si je suis moins époustouflé qu’après le précédent, je reste très impressionné et conquis, c’est une série assez incomparable dont j’attend la suite avec autant d’impatience que de curiosité.

J’espère que vous n’en avez pas marre que je vous chante les louanges de K.J. Parker, parce que j’ai pas fini. Ici, toujours un contexte faussement historique, plutôt dans un équivalent de la Venise du début de la Renaissance, avec beaucoup de liberté donc, mais des références repérables et une richesse bienvenue. On y suit le parcours d’un personnage fascinant et attachant, mais qui n’a rien d’un héros. Il devient chef de l’État, issu d’une famille patricienne et à la tête d’une banque majeure, et il a des grands plans. Et une vie personnelle et émotionnelle toute pétée, mais de manière très complexe et crédible. Au point que, même si on sent bien que ça va quelque part, le plaisir est surtout de suivre ce qu’il fait au quotidien, de se réjouir de la richesse des plans, manœuvres et dilemmes. C’est un bouquin qui aurait pu continuer pendant plusieurs tomes, sans avoir d’issue, et j’aurais adoré. D’autant que c’est une fois plus plein de petites anecdotes et péripéties très directement inspirées de faits historiques et qui sont à la fois drôles et surprenants. Au final, ceci dit, ça va quelque part. Et, sans trop en dévoiler, on se doute vite que ça ne va pas finir de manière glorieuse (si ça avait le cas, il aurait fallu plusieurs volumes. Et un auteur différent). Mais la fin est satisfaisant, douce-amère et très maline humainement, même si elle n’est pas héroïque ni joyeuse. Une fois de plus donc, j’ai beaucoup aimé, parce que ça ressemble à des formats connus mais ça ne l’est pas du tout sur l’intention et le message, ou la profondeur.

Après the Expanse, la série, voici donc que je me suis laissé tenter par le premier des romans. Ce qui est toujours une expérience particulière. D’abord parce qu’il n’y a plus trop de suspense sur le final. Mais en même temps, ce n’est pas si grave parce que la première qualité de ce roman, c’est sans doute son rythme frénétique et son suspense quasi-permanent. Et ça fonctionne même si on connaît la fin : je l’ai lu de manière quasi-ininterrompue, ce qui est toujours bon signe. L’autre dimension particulière, c’est que j’avais déjà une représentation des personnages en tête. Et pour certain-es, ça collait bien, pour d’autres pas, ce qui est amusant mais qui crée une tension permanente pour réajuster. Mais les personnages sont de toutes façons chouettes, et forcément plus fins et riches que dans la série. Et donc, indépendamment de la série : c’est vraiment un très bon bouquin, bien écrit et prenant, qui mêle enquête, géopolitique, psychologie et gros mystères aliens sur un fond de Sf assez classique. C’est avant tout ultra efficace, et on en a pour son argent, largement. (Bon, ok, dernière comparaison : j’ai regretté de ne pas avoir le côté politique terrienne de la série, mais je garde espoir pour la suite). Rien d’inattendu, en fait, mais c’est vraiment très bien.

Quand Umberto Eco réfléchit, ça vaut en général le coup d’écouter. Quand c’est lié à des périodes qu’il a vécues, d’autant plus. Et comme, vu le sujet, il y a un lien grandissant avec l’actualité : oui, c’est un livre qui mérite d’être lu, et de servir aussi de base de discussion /animation/ formation. D’autant que c’est vraiment vite lui pour tout dire, c ‘est à peine un livre, ça ne fait qu’un chapitre d’ailleurs dans le précédent livre dans lequel il a été publié. Mais c’est bien de t’avoir ici de manière autonome. Parce que Eco propose ici une analyse simple et claire des différents éléments qui composent et définissent le fascisme. Et quand je dis que c’est d’actualité, c’est que ça permet à la fois de le voir venir et d’arrêter d’appeler n’importe quoi fascisme. A mettre donc sans hésitation dans votre bibliothèque (professionnelle éventuellement). Et il en existe des résumés en ligne encore plus courts qui peuvent aussi être utiles.

Oui, une autre Olympe qu’Olympe de Gouges, et féministe également, je pouvais difficilement passer à coté. Il s’agit donc d’une biographie d’Olympe Audouard, journaliste, autrice et voyageuse issue d’un milieu très bourgeois, marseillaise, féministe, hédoniste et oratrice à succès. Son parcours est en lui-même intéressant, parce que le personnage l’est, et que ses prises de conscience et évolutions sont intéressantes, et tout autant par ce que ses origines bourgeoises l’empêchent de voir, ce qu’elle garde malgré tout de préjugés et de loyauté de classe (et de race). Ce que l’autrice ne manque pas de souligner, non sans tendresse d’ailleurs. Et ce parcours, et cet éclairage, permet de découvrir les enjeux politiques et sociaux de l’époque, les grandes évolutions. Ce qui, pour moi qui connaît peu cette époque, était au moins aussi intéressant que le personnage elle-même. Et je pense que le choix de chapitres thématiques et non strictement chronologiques est à cette fin. J’ajouterai qu’on y découvre aussi pas mal de contemporains d’Olympe car elle avait de l’entregent, mais aussi le monde de la presse. L’ensemble se lit plutôt bien même si ce n’est pas d’une grande vivacité et relativement long. Plutôt pour celles et ceux qui ont un intérêt pour l’époque, l’histoire moins connue du féminisme ou le prénom Olympe, donc.

L5R étant un des univers de jeu que j’ai le plus investi (de rôle, de cartes, plateau, GN et romans), je me laisse parfois aller à des élans de nostalgie régressifs, ce qui a été le cas avec ce roman récent. Et honnêtement, j’en suis très satisfait, ce fut une très plaisante distraction. Il s’agit d’une enquête politico-policière, ce qui dans le contexte est en soi dépaysant et forcément compliqué. Menée par un personnage principal sur le modèle du dandy intello désœuvré et désavoué par sa famille. Sans être absolument original, ça éloigne agréablement des clichés de samouraïs plein d’honneur. Et du coup, de la même manière, l’enquête s’éloigne de trop de poncifs en éclairant le monde des marchands et du théâtre. Dans ce cadre que j’ai trouvé plaisant, l’enquête est bien construite et suffisamment complexe pour tenir la longueur. C’est écrit de manière fluide et agréable, avec du rythme, et de l’humour, en particulier dans les dialogues, ce qui fonctionne très bien avec le personnage principal. Et qui fait que je lirai avec plaisir l’enquête suivante. Ce qui est le mot-clé pour moi : c’est un roman pour se faire plaisir, dans un monde que j’aime et avec assez de fluidité et d’originalité pour qu’on en sorte satisfait et sans avoir l’impression d’un produit dérivé artificiel et sans intérêt propre.

Un petit livre, mais dense. Pour moi, c’ est à la limite du trop dense en termes de codes universitaires et de style. Mais je m’en sors et le contenu le mérite (maintenant, vous êtes prévenu-es, on n’est pas trop dans la vulgarisation). On y trouve une analyse solide et très argumentée de l’exploitation domestique dans les couples hétérosexuels, avec des éclairages très matérialistes et pas forcément si fréquents que je trouve éclairants et parfois déstabilisants (de manière positive). Ensuite, on y réfléchit aux limites de l’analyse marxiste, ce qui m’amuse intellectuellement mais je n’en garde pas beaucoup de choses. Et puis l’esquisse, donc, d’une théorie générale de l’exploitation. En le lisant, je trouve ça intéressant et bien construit, mais avec l’impression d’une compilation d’articles, et au final du mal à en retenir des idées ou un propos très clair.